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vendredi 11 septembre 2015

Blanc comme l’enfer



 




New-York, le samedi 12 septembre 2015 – Il y a toujours des enfants qui ne font pas leur rentrée. Et il y a toujours des associations qui militent pour que la situation change, que le handicap ou la différence ne laissent pas les plus jeunes à la porte de l’école. En Tanzanie, c’est la Fondation Mwimba Texas, créée par le catcheur Alphonse Makiese Mwimba Texas qui joue ce rôle. Ce 4 septembre, le sportif albinos a une nouvelle fois lancé un appel aux établissements scolaires et aux enseignants pour que soit facilitée l’intégration des enfants souffrant de la même pathologie que lui. Il a notamment rappelé que les troubles ophtalmologiques dont sont souvent atteints les enfants albinos devaient conduire les équipes enseignantes à la vigilance. Il a également insisté sur l’importance d’éviter la stigmatisation et l’exclusion, tandis que des fournitures scolaires ont été distribuées.

Des membres d’enfants transformés en amulettes pour orpailleurs

En dépit de la sollicitude de la Fondation Mwimba Texas, Baraka, ne fera pas sa rentrée en Tanzanie. Il est à plus de 12 000 kilomètres de l’école qui aurait dû l’accueillir. Il y a quelques mois, le petit garçon de six ans est en effet arrivé aux Etats-Unis, accueilli par Elissa Montanti, fondatrice de l’association Global Medical Relief Fund. Depuis 1997, cette organisation a pris en charge des dizaines d’enfants victimes de lourds traumatismes physiques et psychiques après avoir traversé la guerre, un typhon, un tsunami. Cependant, Elissa n’a sans doute jamais été autant marquée : le sort de Baraka, qu’elle a découvert en s’intéressant aux activités de l’ONG canadienne Under the Same Sun qui œuvre en Tanzanie, l’a bouleversé. En mars, Baraka, dormait dans la maison familiale quand des hommes ont fait irruption. Sa mère n’est pas parvenue à empêcher qu’ils se ruent sur son petit garçon et lui coupent violemment la main. Baraka avait été repéré quelques jours auparavant par ces trafiquants. En Tanzanie, les albinos sont depuis des décennies les victimes des crimes les plus odieux : une légende affirme en effet que le sang et les organes des albinos portent chance aux orpailleurs, quand ils ne sont pas utilisés pour concocter des potions par les guérisseurs qui promettent félicité et prospérité à ceux qui les consomment.
Une politique de répression pas parfaitement efficace

L’attaque contre Baraka a été perpétrée quelques semaines à peine après l’adoption par la Tanzanie d’une loi interdisant tout acte de sorcellerie, afin notamment d’éviter ce type de violences. Pour faire appliquer cette nouvelle réglementation, des arrestations ont été organisées : 200 guérisseurs et autres sorciers ont été interpellés en mars. Mais pour Baraka, comme pour quelques autres, cette répression a été insuffisante. Après avoir passé plusieurs semaines à l’hôpital, le petit garçon a été recueilli par l’ONG canadienne. Les membres de l’association ont tenté d’apaiser ses angoisses et ses peurs, de lui réapprendre à danser doucement, jouer au football, rire. Mais Elissa Montanti a voulu aller plus loin et a organisé le transfert aux Etats-Unis de Baraka et de quatre autres enfants et adolescents atrocement mutilés de la même manière ces dernières années. Installés à New-York, les cinq jeunes tanzaniens ont été pris en charge par l’hôpital pour enfants Shriners de Philadelphie. Là, ils ont chacun reçu des prothèses adaptées à leur morphologie : elles doivent leur permettre d’effectuer de nouveau des gestes simples.

Retour en Tanzanie sous la protection d’un ange gardien

Parallèlement, Elissa Montanti et son équipe ont organisé des vacances de rêve pour leurs pensionnaires. Pour la première fois, Baraka s’est baigné dans une piscine, a mangé une glace dans les rues de la ville, s’est promené dans Central Park. Dans quelques mois, les enfants auront un à un regagné la Tanzanie et leurs familles (avec parfois des rapports difficiles, les enfants albinos étant fréquemment abandonnés ou rejetés). Tout sera mis en œuvre pour que leur scolarité se déroule le mieux possible. De loin, Elissa Montanti a l’intention de veiller particulièrement sur ses petits protégés. Elle envisage de les recevoir à nouveau dans quelques années pour qu’ils puissent bénéficier de prothèses plus perfectionnées et adaptées à leur croissance. Baraka, surtout, le petit garçon si attachant, aux yeux pétillants de joie, restera présent dans ses souvenirs.
Aurélie Haroche

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