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samedi 5 juillet 2014

Albi : meurtre à l'école, dans la classe, devant les élèves

LE MONDE | Par 
« Adieu à une super-maîtresse. » Le message a été écrit sur une photo de classe. On y voit Fabienne Terral-Calmès, souriante, auprès des enfants de sa classe. Un souvenir d'un de ses élèves de l'année 2011-2012 déposé en guise de condoléances devant la porte de l'école.
Vendredi 4 juillet, à Albi, cette jeune institutrice en grande section de maternelle, âgée de 34 ans, a été poignardée dans sa classe par la mère d'une de ses élèves.
Il y a aussi quelques roses blanches et des lys. Des voitures qui passent devant l'école Edouard-Herriot sans s'arrêter. Des parents qui viennent avec leurs enfants, les visages sont graves. Un petit garçon est venu avec sa grande soeur. « Elle a été ma maîtresse, elle était sympa ! », dit le petit garçon en débitant les noms de tous les enfants sur la photo. Christel D., elle, n'a pas d'enfant dans cette école. Mais elle y a fait toute sa scolarité dans les années 1980 et elle se destine au métier d'enseignante. « Choquée », elle est venue déposer une petite carte.

 Il est un peu plus de 8 h 30, ce vendredi matin. C'est l'heure de l'accueil ; c'est surtout le dernier jour de classe avant les grandes vacances. Un jour où on laisse les cahiers à la maison et les livres dans les armoires. Un jour où l'on fait des jeux, où les enfants apportent des petits cadeaux aux enseignants. Rachida vient elle aussi déposer sa petite fille dans la classe. Elle sort un couteau de cuisine d'une quinzaine de centimètres de son sac et poignarde Fabienne Terral-Calmès devant les élèves.
Le procureur de la République d'Albi, Claude Derens, a confirmé que cette mère de deux petites filles, qui s'était mariée l'an dernier, avait été tuée d'un seul coup de couteau. Des parents qui venaient déposer leur enfant ont trouvé l'enseignante « à genoux se tenant le ventre ». Les enfants criaient.
La meurtrière présumée, âgée de 47 ans, elle, était repartie, avec sa fille. Elle a été interpellée vers 9 h 15. « Elle ne fuyait pas. Elle marchait tranquillement dans la rue », a indiqué M. Derens. Mise en garde à vue, elle tenait des propos incohérents et a fait l'objet d'une expertise psychiatrique. Le magistrat a indiqué que l'intéressée était au moment des faits « atteinte d'un trouble psychique ayant aboli son discernement au sens de l'article 122-1 du code pénal ». Cet article dispose que n'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique. Néanmoins, elle demeure punissable, mais la juridiction tient compte de cette circonstance lorsqu'elle détermine la peine. Rachida a été hospitalisée sous contrainte en milieu psychiatrique sur ordre du procureur.
Une contre-expertise pourrait être ordonnée dans les prochaines semaines. Une information judiciaire pour homicide volontaire avec préméditation pourrait être ouverte dans la semaine à venir.
« TU AS MAL PARLÉ À MON ENFANT »
Quelques heures après ce meurtre, les rumeurs allaient bon train pour expliquer ce geste. La mère de la petite fille, scolarisée depuis seulement un mois et demi, aurait rencontré l'enseignante la veille, qui lui aurait dit qu'elle espérait que l'an prochain la petite fille serait plus à l'heure le matin. Selon une source policière citée par France 3 Midi-Pyrénées, Rachida aurait dit à l'enseignante en entrant dans la classe, le jour du meurtre, « tu as mal parlé à mon enfant ».
Une chose est sûre, la meurtrière présumée avait déjà fait l'objet d'une mesure de placement d'office en service psychiatrique. Un signalement avait été adressé au parquet d'Albi au début de l'année, en raison de ses troubles psychiques. Cette mère de deux enfants qui n'avait la charge que de sa fille cadette, alors âgée de 5 ans, avait été soumise à une enquête.
Une procédure pour délaissement de mineur avait été engagée contre elle, car sa petite fille vivait en Espagne avec sa tante. Placée à l'époque en garde à vue, la mère avait déjà été hospitalisée d'office « en raison de troubles mentaux évidents »,selon le procureur de la République. Toutefois, les conditions de vie et d'éducation de la petite fille en Espagne avaient été jugées satisfaisantes, la procédure de délaissement n'avait pas caractérisé la moindre infraction. En revanche, la mère n'avait jamais signalé au juge des enfants en charge de son dossier le retour de sa fille en France, sans doute pendant les vacances de Pâques. Une actualisation du dossier avait été demandée le 25 juin.
C'est en mars, lors de sa sortie, qu'elle s'est installée à Lapanouse, un quartier populaire d'Albi d'une très grande mixité sociale, avec sa fille. Selon le conseil général du Tarn, Rachida était identifiée par les services sociaux du département en tant que parent isolé. Elle avait aussi des problèmes de logement et d'emploi.
L'école Edouard-Herriot accueille 284 enfants de la maternelle à la primaire. Elle est située dans le quartier de Lapanouse. Certes, l'établissement est classé en zone prioritaire, mais il n'est pas enclavé. Des pavillons et quelques HLM l'entourent. « C'est plus un problème de société qu'un problème d'école, d'enseignant ou de quartier », veut croire Sandrine Soliman, présidente de la FCPE locale.
Rassemblement devant la direction des services départementaux de l'éducation nationale à Albi, vendredi 4 juillet.
En début d'après-midi un rassemblement a eu lieu place du Vigan. « Nous ne pouvions pas rentrer chez nous comme si de rien n'était », ont déclaré des enseignants. Un peu plus tard, vers 17 h 30, à l'appel des syndicats d'enseignants (SNUipp-FSU, SE-UNSA, SUD-Education et Snudi-FO), environ 500 personnes – beaucoup de professeurs des écoles mais aussi du secondaire ainsi que des parents – se sont retrouvées devant l'inspection académique du Tarn.
L'ambiance était au recueillement. « Nous voulions rendre hommage à notre collègue », indique Thomas Verdier, professeur des écoles et cosecrétaire départemental du SNUipp-FSU. Mireille Vincent, la directrice académique des services de l'éducation nationale du Tarn, a pris la parole, appelant à l'apaisement. Elle a annoncé aussi qu'elle rencontrerait l'équipe enseignante de l'école Edouard-Herriot.
Tout au long de la journée, les réactions politiques se sont multipliées. François Hollande a parlé de « drame abominable » ; Luc Chatel, secrétaire général de l'UMP, a fait part de son « effroi ». Le ministre de l'éducation, Benoît Hamon, qui avait fait le déplacement à Albi, a dénoncé « un acte odieux ». Il a promis qu'il reviendrait le jour de la rentrée à l'école Edouard-Herriot.

En attendant, samedi 5 juillet, premier jour des vacances d'été, une cellule d'écoute a été ouverte à l'école pour les enfants, les parents et les personnels.

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