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Articles, témoignages, infos sur la psychiatrie, la psychanalyse, la clinique, etc.

samedi 2 avril 2016

A BORD DE L’ANGOISSE

Par Catherine Mallaval — 31 mars 2016

L’Américain Scott Stossel, phobique et anxieux chronique, a mené une enquête édifiante sur ce mal méconnu. Il livre une drôle de somme traduite en français.


«Camouflage au masque à gaz», tiré d’une série de portraits de Marie Hudelot.
«Camouflage au masque à gaz», tiré d’une série de portraits de Marie Hudelot. Photo Marie Hudelot

Debout les flippés de la Terre, il y a plus anxieux que vous. Et cela devrait être bien plus réconfortant que la flopée de bouquins, plantes et thérapies qui promettent de combattre le mal. Le nom de cet anxieux maximal à côté duquel les rougisseurs et trembloteurs font figure de chochottes zen ? Scott Stossel, bientôt 47 ans, Américain résidant à Washington. Cet homme, amis stressés, ne mégote jamais sur les crises d’inquiétude, avec brûlures d’estomac, maux de tête, vertiges, douleurs dans les bras et les jambes ; il ressent parfois une extrême faiblesse, comme si une grippe ou une mononucléose l’avait frappé, et se débat avec des difficultés vite obsessionnelles à respirer, déglutir ou simplement mettre un pied devant de l’autre. Il faut ajouter à ce tableau clinique des peurs et phobies dont voici la liste non exhaustive : Scott Stossel souffre des espaces clos (claustrophobie), des hauteurs (acrophobie), de la peur de s’évanouir (asthénophobie), du fromage (turophobie), de parler en public (glossophobie), de prendre l’avion (aréodromophobie), de vomir (émétophobie) et fort logiquement de vomir en avion (aéronausiphobie). L’enfer ? Ça  y ressemble.
Anxiété
                : les tribulations d'un angoissé chronique en quête de paix intérieure
Cela n’a pourtant pas empêché Scott Stossel, «paquet de peurs et de névroses» depuis l’âge de 2 ans, de réussir. Diplômé de Harvard, il occupe le poste de rédacteur en chef du prestigieux magazine américain The Atlantic. L’homme, qui n’en est pas à son premier bouquin, s’est offert un surcroît de notoriété avec un pavé à succès (80 000 exemplaires écoulés) paru en 2014 aux Etats-Unis… sur l’anxiété. Les Français (après une quinzaine de pays) peuvent enfin engloutir ces Tribulations d’un angoissé chronique en quête de paix intérieure (1). Sur plus de 400 pages, l’auteur narre son combat contre son mal et, pour mieux en saisir les rouages, convoque la philosophie, la psychanalyse, la pharmacologie, ainsi que les dernières recherches en neurosciences et génétique. Le boulot d’enquête est impressionnant. La description des troubles de Scott Stossel, vertigineuse, sans manquer d’humour.
On a sottement espéré que l’Américain viendrait faire la promotion de son ouvrage à Paris, avant de mesurer qu’un aérodromophobe limite forcément ses trajets. Une interview par Skype ? On a craint pour la tranquillité de cet homme qui a vécu «quelques humiliantes catastrophes mineures» (flirt au lycée interrompu par peur panique de rendre ses tripes, évanouissement à la naissance de son premier enfant, interruption de conférences malgré l’absorption massive de Xanax et de vodka…). L’option des questions par mail a donc été retenue. Examen de ce «cas» non sans une certaine… appréhension.

Si « Le Généraliste » était paru en1901 Flaubert, un célèbre cas d'épilepsie

Alain Létot 01.04.2016

Il suffit qu’un homme de génie ait eu des crises convulsives pour qu’aussitôt on les attribue à l’épilepsie. Le coléreux Hercule, le bouillant Ajax, Saül lui-même, seraient des épileptiques, mais il faudrait admettre comme telle toute personne sujette à des accès de fureur. César avait de fréquents vertiges ; il eut des crises convulsives. Mahomet se retirait sous sa tente pour cacher des attaques. Mais ces convulsions, ces vertiges n’étaient-ils pas simplement hystériques ? Le manque de détails impose le doute ; il n’en est pas moins vrai qu’on traite couramment Mahomet de comitial avéré. Je passe sur un grand nombre de géniaux chez lesquels l’épilepsie est aussi peu démontrée, pour arriver à un contemporain sur lequel on possède de nombreux documents, Gustave Flaubert (Dr Charles Binet-Sanglé, “ L’épilepsie chez Gustave Flaubert ”).

Où en sont les féministes

LE MAGAZINE LITTERAIRE 



Où en sont les féministes. Trente ans après la mort de Simone de Beauvoir et au lendemain des agressions sexistes de Cologne, un dossier sur l’histoire et les horizons contemporains des pensées féministes.

Jennifer Doudna : « Il est trop tôt pour éditer génétiquement des humains »

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO  Nathaniel Herzberg et Hervé Morin

Jennifer Doudna vient de recevoir un des prix L'Oréal-Unesco 2016 « Pour les femmes et la science », avec la Française Emmanuelle Charpentier, pour leurs travaux sur Crispr-Cas9, une technologie de réécriture du génome.
Jennifer Doudna vient de recevoir un des prix L'Oréal-Unesco 2016 « Pour les femmes et la science », avec la Française Emmanuelle Charpentier, pour leurs travaux sur Crispr-Cas9, une technologie de réécriture du génome. GRAEME MITCHELL/REDUX-REA

La biologiste américaine Jennifer Doudna (université de Californie, Berkeley) doit recevoir, jeudi 24 mars, un des prix L’Oréal-Unesco 2016 « Pour les femmes et la science », avec la Française Emmanuelle Charpentier, pour leurs travaux sur Crispr-Cas9, une technologie de réécriture du génome. Les deux chercheuses ont publié conjointement en 2012 une description de cette technique qui a depuis déferlé sur les ­laboratoires de biologie du monde entier. Les capacités inédites de couper-copier-coller ­génétique offertes par Crispr-Cas9 ont soulevé nombre de questions éthiques, quant à son utilisation pour modifier le patrimoine génétique de la lignée humaine, tandis qu’une bataille pour l’attribution des brevets fait rage entre, d’un côté, Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier, et des équipes du Broad Institute au Massachusetts Institute of Technology (MIT), de l’autre.
Vous avez été primée à de nombreuses reprises pour vos travaux sur Crispr-Cas9. Est-ce en raison de l’importance de cette découverte, ou par manque d’imagination des jurys ?
(Rires) Peut-être un peu des deux. La possibilité de modifier l’ADN des cellules stimule l’imagination de beaucoup de gens, et je pense que c’est aussi une technologie fascinante en raison de ses origines très humbles : une poignée de chercheurs qui s’intéressaient à l’immunité des bactéries. Et c’est pourtant cette recherche guidée par la ­curiosité qui a conduit à la compréhension de ce système, et à la possibilité d’en faire un outil d’édition des gènes. Ces deux aspects sont captivants : le premier ressemble à de la science-fiction, et le second au rêve de tout étudiant de travailler sur quelque chose qui aura un impact.
Il est important de dire que ces prix honorent le champ de recherche dans son ensemble, et notamment dans mon laboratoire et celui d’Emmanuelle Charpentier, les étudiants et les post-docs brillants qui ont fait le travail à la paillasse.

Évolution du public des CJC (2014-2015)


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Tendances n° 107, OFDT, 4 p.
Mars 2016
Depuis 2004, les consultations jeunes consommateurs (CJC)  accueillent sur tout le territoire de jeunes usagers de substances psychoactives ou concernés par d'autres addictions ainsi que leurs familles. Ce dispositif, qui vise à aider en quelques séances le jeune à modifier son comportement ou à l’orienter vers un accompagnement plus long, est inscrit dans le Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives (2013-2017) coordonné par la MILDECA. Alors qu'une enquête nationale menée en 2014 auprès des intervenants avait permis de décrire l'offre, le public et les pratiques professionnelles, le n° 107 de Tendances revient sur le dispositif des CJC en 2015.

Salle de consommation à moindre risque : 850 000 euros pour le site parisien à Lariboisière

Damien Coulomb 30.03.2016

Le conseil de Paris a voté mardi soir une subvention de 848 976 euros pour les travaux d’aménagement de la salle de consommation à moindre risque (SCMR) sur le site de l’hôpital Lariboisière à Paris. Cette subvention, proposée dans le cadre du projet de délibération 2016 DASES 101G, doit permettre de mettre le local de 400 m2 situé au 2, rue Ambroise-Paré, dans le 10e arrondissement, en conformité avec le cahier des charges défini par le décret autorisant l'expérimentation des SCMR.

vendredi 1 avril 2016

Le tout Paris s'organise pour une meilleure prise en charge psychiatrique des résidents d'Ehpad

"Créer une meilleure adéquation entre pathologies, conditions de vies et modalités d'hébergement", c'est en ces termes que le Dr Norbert Skurnik, président de la commission médicale commune de la communauté hospitalière de territoire (CHT) de Paris justifie, dans un communiqué du 30 mars, la convention nouée entre la CHT et le centre d'action sociale de la ville de Paris (CASVP). Officialisé le 16 mars dernier, le projet entend répondre à un triple objectif : favoriser l'hébergement des personnes âgées atteintes de maladies psychiatriques ; améliorer le parcours de soins des résidents d'Ehpad et réduire l'impact des troubles psychiatriques sur l'autonomie.

Pour y arriver, la CHT et la ville de Paris ont opté pour l'échange de bons procédés. Ainsi, 60 places seront réservées sur les 11 Ehpad parisiens du centre d'action sociale pour les patients des services psychiatriques de la communauté hospitalière âgés de plus de 60 ans. D'ici 2019, le chiffre pourrait doubler. Avec près de 1 400 lits sur ces établissements*, la part réservée par le CASVP aux patients de la CHT atteste d'un "partenariat d'une ampleur inégalée", précise à Hospimedia Raphaël Yven, directeur adjoint à la direction des parcours et de l'innovation de la CHT pour la psychiatrie parisienne.

Un nouveau mélange drogue-médicament inquiète les autorités américaines

02.04.2016


L'agence américaine de lutte contre le trafic de drogue (DEA) a mis en garde vendredi contre une nouvelle pratique consistant à couper des drogues avec du fentanyl, après qu'une quarantaine de personnes sont mortes en Californie. "Les overdoses se produisent à un rythme alarmant ", a expliqué la DEA. Depuis la semaine dernière, a détaillé l'agence, 36 personnes ont fait une overdose et neuf autres sont mortes dans les environs de Sacramento, capitale de l'Etat de Californie dans l'ouest américain, après avoir ingéré ce type de mélange.

En Californie, un culte qui fleure le cannabis

Le Monde Blogs 

Sisters of the Valley / Shaughn and John
Sisters of the Valley / Shaughn and John
En Californie, deux sœurs ont fait un vœu particulier : soulager les peines du monde avec le cannabis et autres plantes médicinales. Leurs produits sont à vendre sur internet sous la marque "Sisters of the Valley" ("les sœurs de la Vallée"), et rencontrent un certain succès, sous forme d'huiles essentielles, de baumes ou de feuilles (de sauge) roulées à fumer.
Sœur Kate et sœur Darcy n'appartiennent à aucun ordre connu, ni même à aucune religion précise. Elles se revendiquent plutôt d'un mélange de croyances new age, et souhaitent faire communier "le peuple souffrant" avec la "Terre mère". Un ordre sans tradition, à part peut-être celle du mouvement hippie, né, comme leur abbaye, en Californie. Leurs croyances sont suffisamment vagues pour englober des pratiques aussi diverses que la préparation des plantes au cours des cycles de la lune, "en accord avec la sagesse ancienne" ou les "prières"pendant la cuisine des plantes.
Une religion parfois en infraction avec la loi californienne. En effet, si la vente de marijuana est autorisée depuis dix-neuf ans dans cet Etat de la côte ouest des Etats-Unis, une loi votée l'année dernière pour favoriser une meilleure régulation des conditions de production et de vente de cannabis a obligé plusieurs municipalités à bannir la "marijuana à usage médical", à partir du 1er mars. Une erreur serait à l'origine de cette mesure, comme le rapporte le Guardian. Mais en attendant que le texte de loi soit révisé, les sœurs sont dans l'illégalité pour leur production de cannabis.
Nullement intimidées par les médias, les sœurs ont bénéficié d'une forte couverture de leur projet, ce qui va toujours de pair avec quelques approximations. Elles ont récemment publié un erratum sur leur compte Facebook, suite à un article du Daily Mail. Elles précisent à toutes fins utiles que l'agent actif contenu dans leur produits est le cannabidiol (CBD), et non le tétrahydrocannabinol (THC), une substance psychoactive du cannabis qui fait de cette plante une drogue.

Comment bien mourir, selon la science

MOTHERBOARD      31 March 2016   

La plupart des gens normaux passent un temps conséquent à penser aux pires façons de mourir. Pour ma part, ça inclut la mort par incinération, la noyade, être attaquée par un ours, et voir ma tête être lentement dévorée par des fourmis rouges pendant que le reste de mon corps est enterré. Mais un groupe de chercheurs de l’université de Californie vient de publier une liste nettement plus sympa et utile qui recense 11 critères susceptibles de contribuer à une « mort heureuse » - autrement dit, les meilleures façons de mourir.
Publié dans l’American Journal of Geriatric Psychiatry, l’article passe en revue 32 études qualitatives ou quantitatives concernant les préférences des individus en matière de façon de mourir, eux-mêmes divisés en trois groupes : les patients, les membres de la famille (avant ou pendant le deuil), et le personnel médical.
Les chercheurs se sont aperçus que les trois groupes estimaient que le bien-être d’une personne à la toute fin de sa vie dépendait de 11 éléments distincts.
Selon l’étude, ces indicateurs sont les suivants : « la préférence pour une certaine façon de mourir, l’absence de douleur, la religiosité/spiritualité, la sérénité émotionnelle, le sentiment d’avoir bien vécu, le choix du traitement, la dignité, la famille, la qualité de vie, la relation avec les soignants, et les “préférences diverses“. »
L’idée, ce n’est pas qu’il faut cocher toutes ces cases pour avoir une mort pas trop pénible, mais que l’on peut considérer ces indicateurs comme une sorte de guide à avoir en tête lorsque l’on s’occupe d’une personne en fin de vie.

Justice : pénurie d’experts psychiatres à Lille, à quand le point de rupture ?

PAR LAKHDAR BELAÏD   31/03/2016 

La carence en experts psychiatres dont souffre le tribunal de grande instance de Lille est de plus en plus inquiétante. De nombreux dossiers sont reportés du fait de l’absence de spécialistes avec parfois comme conséquence, des remises en liberté de personnes potentiellement dangereuses.



Il suffit parfois d’une seule pièce manquante au dossier, par exemple une expertise psychiatrique, pour gripper complètement une machine judiciaire déjà lourde. PHOTO ARCHIVES CHRISTOPHE LEFEBVRE
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Il suffit parfois d’une seule pièce manquante au dossier, par exemple une expertise psychiatrique, pour gripper complètement une machine judiciaire déjà lourde. PHOTO ARCHIVES CHRISTOPHE LEFEBVRE

« Tiens, j’ai une experte psychiatre pour mon dossier, se réjouit presque ce jeune avocat. Je ne la connaissais pas. » « Tu as décroché l’un des spécialistes recrutés en urgence », l’envie presque un confrère. Ainsi va la vie, pas vraiment idéale, de larges pans de la justice lilloise. Le recours à l’examen médical psy constitue souvent un élément clef, voire obligatoire, du parcours judiciaire. En même temps, les spécialistes se font tout simplement de plus en plus rares.
En comparution immédiate, justice pénale de l’urgence, des dossiers sont ajournés faute de spécialistes. Avec, très souvent, des prévenus incarcérés finalement libérés. De report en report, faute de psychiatre disponible, le délai maximum de la détention provisoire est atteint. Les suspects, souvent interpellés suite à des violences, se rendront d’eux-mêmes chez les psy puis, plus tard, devant le tribunal. S’ils retrouvent le chemin du palais de justice, ou du cabinet médical.

Alcool pendant la grossesse : le retard français

 30-03-2016

Sous-estimés par les Français, les dangers de l'alcool sur le fœtus sont pourtant bien réels. L'Académie nationale de médecine déplore le manque d’action des autorités dans la lutte contre ce fléau.


En Irlande, c'est un problème majeur de santé publique : 8 femmes sur 10continuent de consommer de l'alcool jusqu’à l’accouchementEn France, même si les femmes enceintes sont - fort heureusement - moins nombreuses à adopter ce comportement pendant leur grossesse, elles sont 23 % à déclarer avoirbu au moins un verre en une occasion et 3,7 % des femmes déclarent avoir consommé plus de trois verres de boisson alcoolisée en une même occasion pendant la grossesse, d'après une enquête nationale. Or la recommandation officielle des autorités de santé est d'arrêter complètement la consommation d'alcool dès le début de la grossesse et ce pendant toute sa durée. Une recommandation que beaucoup de Français ignorent (voir encadré ci-dessous). À qui la faute ? Pour l'Académie nationale de médecine, les autorités manquent d'action dans ce secteur. "La France s’en tient aux sommes dérisoires consacrées aux programmes de recherche en alcoologie là où les États-Unis consentent un financement par habitant 27 fois plus élevé"indique-t-elle dans un rapport.


« Ubérisation » de la santé: « Réconcilions le médecin et l’ingénieur »

LE MONDE ECONOMIE | Par Alexis Normand (Directeur du développement santé de Withings, société spécialisée dans les objets connectés liés à la santé, et membre du bureau de la Fondation Concorde)
En 1996, le meilleur joueur du monde perdait aux échecs contre un ordinateur, Deep Blue. Peu de gens imaginaient la métamorphose de Deep Blue en Watson, une intelligence artificielle d’une puissance de diagnostic incomparable développée par IBM.
Dix ans plus tard, l’exploit renouvelé par Google Deep Mind au jeu de Go, autrement plus complexe, laisse peu de doutes sur les bouleversements futurs pour la médecine. Conscient du potentiel, IBM vient de racheter Truven Health Analytics pour 2,6 milliards de dollars afin d’alimenter Watson en nouvelles données (symptômes, découvertes, littérature scientifique, antécédents…). Et Google Deep Mind a annoncé le 24 février le lancement de Deep Mind Health, avec une première application développée en partenariat avec le National Health System britannique.

Simples assistants de diagnostic

Ces ordinateurs se présentent comme de simples assistants de diagnostic pour le médecin. En réalité, la santé numérique est disruptrice, car elle invente de nouveaux modèles à côté de la médecine, pour pallier ses insuffisances en matière de prévention et de suivi à distance.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) ne s’y est pas trompé, mettant en garde contre une « ubérisation des prestations médicales » en février. Le terme désigne péjorativement un modèle de commerce s’appuyant sur une plate-forme de mise en relations de clients avec des ressources, à tout moment et sans délai. Le CNOM dénonce une « dérive[…] qui réduirait la pratique médicale à une simple prestation électronique moyennant rétribution ». Ce que le CNOM n’a pas commenté, c’est la grande séduction de ces offres.
Avec Internet, les smartphones et les objets connectés, les professionnels perdent leur monopole sur l’information de santé. Les plates-formes libèrent des coûts transactionnels, de l’information imparfaite et de la distance géographique, grâce à leur maîtrise des bases de données, des moteurs de recherche et leur connaissance des usagers.

Accoucher en maison de naissance : « On apprend à se faire confiance »

LE MONDE  | Par Anne-Aël Durand
Futures et toutes jeunes mamans se retrouvent dans la salle commune du CALM pour boire un thé et partager leurs expériences en attendant leurs consultations.
Futures et toutes jeunes mamans se retrouvent dans la salle commune du CALM pour boire un thé et partager leurs expériences en attendant leurs consultations. JULIE BALAGUE POUR « LE MONDE »
« J’ai passé l’essentiel de mon accouchement ici, dans l’eau, pour avoir moins mal. J’avais les yeux fermés, mais je sentais mon compagnon et la sage-femme près de moi. » Assise sur le rebord de la baignoire, Margaux Dassieu se remémore, sourire aux lèvres, la venue au monde de son fils Milo, en 2014.
Dans la chambre à la décoration soignée, pas de table d’accouchement avec étriers, pas d’appareil de monitoring ou de pieds à perfusion, mais un matériel médical réduit au minimum. Durant les quelques heures du travail, la sage-femme assiste la mère, l’aide à supporter les contractions, vérifie le rythme cardiaque du bébé au stéthoscope et intervient le moins possible. A CALM, pour Comme à la maison, première maison de naissance en France, les futures mères viennent accoucher comme chez elles.
Cette structure associative, qui regroupe six sages-femmes libérales, est installée depuis 2008 dans une aile de la maternité des Bluets, dans le 12e arrondissement de Paris. Jusqu’à présent, la dernière phase du travail, l’expulsion du bébé, devait avoir lieu dans les salles hospitalières, à l’étage. « Il a fallu quitter la chambre au dernier moment », explique Margaux Dassieu en ouvrant la porte qui mène à l’ascenseur. A compter du 1er avril, ce ne sera plus nécessaire : la loi autorise désormais les accouchements en maison de naissance, dans le cadre d’une expérimentation, pour cinq ans. Huit autres établissements doivent ouvrir en France, dont un à La Réunion, au début d’avril.

Psychiatrie et société en République démocratique allemande : histoires de patients de la clinique psychiatrique et neurologique de la Charité (Berlin-Est, 1960-1968)

CCSD Fanny Le Bonhomme 


Résumé : Au centre de cette étude se trouvent les patients de la clinique psychiatrique et neurologique de la Charité (Berlin-Est, RDA), durant la période des années 1960. Tout en prenant en compte l'interprétation qui en est faite par le discours médical, ce travail vise à reconstituer les expériences et les trajectoires de ces individus, en les inscrivant dans le contexte de la société socialiste. À partir des dossiers de patients – qui constituent le principal matériau archivistique de cette étude –, il s'agit desaisir certaines des tensions qui traversent la société est-allemande, en relation avec le contexte politique et idéologique.

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Raconte-moi une maladie

02/04/2016

Dans leur livre au titre sans équivoque Docteur, écoutez !*, les professeurs Anne Révah-Lévy et Laurence Verneuil ont estimé que les patients disposaient de moins de 30 secondes avant que leur discours soit interrompu lors d’une consultation spécialisée en milieu hospitalier. « J’ai 10 minutes par patient sur le logiciel de rendez-vous et il n’y a rien à faire, il faut que je remplisse tous les créneaux. Alors, je n’écoute pas, j’ai trop de choses à expliquer, des papiers à faire signer. Faut vraiment être psychiatre pour croire que les médecins peuvent écouter » a répondu un chef de service au docteur Révah-Lévy, effectivement pédopsychiatre, lorsqu’elle tentait de lui faire valoir l’importance de l’écoute.

#VivreAvec : « Je hais le terrorisme, mais je ne hais pas les terroristes », explique Serge Tisseron

LE MONDE  
Comment comprendre nos mécanismes émotionnels face à la menace terroriste ? Les réponses de Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste et président de l’Institut pour l’Histoire et la mémoire des catastrophes (IHMEC)
Alice : J’ai à peine 24 ans et je n’ai pas été touchée personnellement par les attentats. Pourtant, depuis novembre, je ne vis plus. Je pensais pouvoir faire avec la peur, mais les événements de Bruxelles n’ont fait que la raviver. Le plus dur, c’est de prendre le train. Je craque un jour sur deux, pleure en silence pendant que les gens me dévisagent. J’ai honte parce qu’il ne m’est rien arrivé, donc je n’ai pas le droit de réagir aussi violemment. J’ai l’impression d’être une petite nature. Pensez-vous que quelqu’un dans mon cas peut se sortir de cette terreur dans laquelle elle s’est enfermée toute seule ? Ou devrais-je aller voir un médecin ?
Serge Tisseron : Tout d’abord, sachez qu’il n’y a aucune honte à vivre ce que vous vivez. Manifestement, les images d’attentats que vous avez vues ont résonné en vous plus fortement encore que chez beaucoup d’autres. Peut-être est-ce en relation avec des choses que vous avez vécues vous-même, comme un événement grave d’une autre nature. Mais peut-être avez-vous aussi dans votre entourage proche, des parents, des grands-parents, qui réagissent comme vous à ces événements. Il arrive parfois que nos réactions face à des images d’actualité soient liées à des accidents qui ne nous sont pas survenus à nous-mêmes, mais à des gens de notre famille ; je pense notamment à la guerre d’Algérie, aussi bien sur le territoire algérien que sur le territoire français. N’ayez pas honte de parler de ce que vous vivez à vos proches, ils vous permettront peut-être d’y voir plus clair sur vous-même en vous parlant d’eux.
Shosha : Comment peut-on utiliser la colère face aux événements pour les transformer en action ?
La colère est un puissant moteur d’action, et peut-être même le plus puissant de tous, mais il ne faut pas qu’elle nous cache la complexité des émotions que nous ressentons : on peut être en colère, mais aussi en même temps, avoir peur, être inquiet… Pour utiliser la colère, c’est comme pour toutes les émotions : il ne faut pas qu’elle nous empêche de réfléchir.
L’important est de comprendre comment mobiliser son énergie pour que les choses changent, pas seulement dans l’immédiat, mais à long terme. Le danger de la colère serait de nous engager très vite dans l’action qui nous paraît le mieux à même de l’apaiser. Mais cela risquerait de nous entraîner dans une action « colérique ». La colère est précieuse, ne la gaspillons pas, il faut savoir l’utiliser comme un carburant, viser le long terme, pour nourrir une action qui va s’avérer longue.

Sexe et self-control sont-ils compatibles ?

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO  | Par Pierre Barthélémy

PLAYBOY

C’est un petit monument de la science improbable qui fête ses 10 ans. En 2006 donc, deux membres d’éminentes institutions américaines de la recherche, Dan Ariely (Massachusetts Institute of Technology) et George Loewenstein (université Carnegie-Mellon à Pittsburgh, Pennsylvanie), publiaient dans le Journal of Behavioral Decision Making une étude consacrée à l’influence de l’excitation sexuelle, chez de jeunes hommes, sur les décisions qu’ils sont prêts à prendre dans le feu de l’action. Les auteurs voulaient ­déterminer quel impact la frénésie de l’embrasement pouvait avoir sur trois points  : la préférence pour telle ou telle activité sexuelle  ; le choix de comportements moralement douteux pour obtenir une « gratification  »  ; l’oubli du « sortez couvert ».
Toute la difficulté de l’exercice, on s’en doute, consistait à élaborer un protocole fiable et contrôlable sur un sujet qui touche à l’intime. Nos deux chercheurs ont donc fait preuve d’une ingéniosité remarquable pour mettre au point leur expérience, en demandant notamment aux participants de prendre un peu les choses en main, si l’on peut dire. Quelques dizaines de volontaires se virent ­confier un ordinateur portable doté d’un clavier très simplifié ne comptant que quelques touches, dont l’étude précise qu’il était « facilement utilisable avec la main non dominante », étant donné que l’autre main servait d’excitateur « exogène » – sauf pour les membres du groupe témoin dont l’excitatiomètre devait rester à zéro.
Pour les vrais cobayes, l’écran était divisé en trois parties : à gauche, un grand espace affichant des photos coquines  ; à droite une barre contenant un « thermomètre de l’excitation »avec un curseur à déplacer à l’aide de deux touches du clavier, du bleu (je reste de glace) au rouge (l’ambiance est très chaude tout à coup)  ; en bas, un espace où défilaient des questions auxquelles on devait là encore répondre en bougeant un curseur. On pouvait ainsi passer du « non catégorique » au « oui franc et massif » avec, entre, ­toutes les nuances du « peut-être ».

Le dépistage systématique précoce de l’autisme n’est pas justifié

02/04/2016


Ce 2 avril est dédié partout dans le monde à l’autisme. En France, cette manifestation est l’occasion de rappeler le retard de notre pays en matière de prise en charge, d’inclusion dans le système scolaire et de sensibilisation des professionnels de santé et du monde de l’éducation. Si ces critiques ont été corroborées par plusieurs condamnations du Conseil de l’Europe, certaines revendications continuent néanmoins à susciter la controverse. En effet, si beaucoup ont déploré, souvent à juste titre, la place accordée à la psychanalyse et se sont insurgés contre une psychiatrisation à outrance de la prise en charge, d’autres positions dogmatiques semblent parfois s'être fait jour. Prompts à dénoncer les effets délétères des anciennes approches, les militants des programmes comportementalistes parviennent en effet eux aussi difficilement à en accepter les limites. Or, il apparaît que tant dans le domaine de la prise en charge que du dépistage, aucune position préconçue ne semble pouvoir s’imposer. Ainsi, le dépistage systématique de tous les enfants, même en l’absence de signes d’alarmes, est présenté par de nombreuses associations comme la réponse au retard de diagnostic qui frappe de nombreuses familles. Pourtant, les experts sont très divisés et beaucoup tiennent à rappeler les inconvénients d’une telle attitude.
Pour le JIM, les professeurs Laurent Mottron et Baudoin Forgeot d’Arc de la clinique spécialisée de l’autisme de l’Hôpital rivière des prairies à Montréal reviennent sur les multiples failles du dépistage et sur l’absence de pertinence d’une systématisation. En filigrane, ils confirment, au-delà des problèmes posés par le dépistage, combien la question de l’autisme continue à être le terrain de débats mouvants, loin des certitudes scientifiques quant à sa prévalence, l’efficacité des méthodes utilisées pour le traiter et même sa définition.

Une enquête exhorte 19 MDPH à se mettre au plus vite en conformité avec la loi

Soucieuses d'aligner les dispositions légales avec la réalité de terrain, quatre associations se sont lancées dans une grande enquête auprès des usagers des MDPH. Au regard de résultats "globalement décevants", les organisations appellent les structures incriminées à corriger rapidement les dysfonctionnements.
Régulièrement alertés sur les largesses que s'octroient les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) par rapport à la loi, Autisme France, Egalited, Toupi et Dys Nos droits ont tenté de faire le clair sur leurs pratiques. Sur la base d'un questionnaire réalisé auprès de quelque 1 869 usagers, les quatre organismes entendent donc répondre pour de bon à la question suivante : "Votre MDPH respecte-t-elle la loi ?"