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vendredi 22 décembre 2017

La CHU de Grenoble ébranlé par des cas de souffrance au travail, Buzyn monte au créneau





grenoble
Crédit Photo : S. Toubon

Moins de deux mois après le suicide d'un jeune neurologue du CHU de Grenoble, l'établissement fait une nouvelle fois parler de lui pour des nouveaux faits supposés de maltraitance et de harcèlement au travail.
Ce mardi, la lettre publiée dans « L'Humanité »  de deux pédiatres du service endocrinologie-diabétologie pédiatriques du CHU, en arrêt maladie pour « épuisement professionnel » et « harcèlement économique » rappelle la pression qui pèse sur les épaules des professionnels de santé à l'heure où l'hôpital est soumis à une diète budgétaire stricte, régulièrement dénoncée par la Fédération hospitalière de France.

Dans leur lettre, les deux médecins relatent la politique de leur direction, qui serait à leurs yeux bien trop axée sur la rentabilité et la valorisation financière de l'activité médicale, au détriment de la qualité des soins apportés aux patients diabétiques dans leur service. « Des consultations de 45 minutes de diabétologie, ce n'est pas rentable ! Il faut faire des consultations plus rapides ou plus souvent ou bien faire venir les patients en hôpital de jour en rajoutant des examens complémentaires », aurait dit en substance la direction aux deux praticiens hospitaliers.
Interrogé par « le Quotidien », le Syndicat national des pédiatres des établissements hospitaliers (SNPEH) dit être de plus en plus souvent alerté pour des cas similaires de harcèlement au travail. « La situation grenobloise est symbolique de ce qu'il se passe dans l'ensemble des hôpitaux, où la pédiatrie est une spécialité déconsidérée, commente le Dr Jean-Louis Chabernaud, président du syndicat et pédiatre à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP). Les établissements nous appliquent même une moyenne d'activité à respecter. Face à cette logique, allez expliquer que non, une consultation de 45 minutes en diabétologie, ce n'est pas trop long ! »
Un rapport du médiateur Couty bientôt public
Devant les députés et à la suite d'une question au gouvernement du Dr Olivier Véran, élu de l'Isère et neurologue au CHU de Grenoble, Agnès Buzyn est montée au créneau mardi après-midi.
La ministre de la Santé a annoncé qu'elle rendra public le rapport de situation qu'elle a spécifiquement réclamé il y a quelques semaines au médiateur national Édouard Couty sur le CHU de Grenoble, dont le travail a d'ores et déjà permis de « mettre en lumière des situations grave de harcèlement au sein de cet établissement ».
« Encore aujourd'hui, les praticiens font remonter des difficultés, des tensions, la pédiatrie étant la dernière en date », a-t-elle ajouté, consciente de la situation.
Agnès Buzyn a également précisé qu'elle rencontrera « début janvier » la directrice générale du CHU de Grenoble, le président de la commission médicale d'établissement et le doyen de la faculté de médecine. Elle attend d'eux « au plus tôt » un « plan d'action conforme aux recommandations d'Édouard Couty face à la souffrance des soignants de cet établissement ».
Pas de poste sanctuarisé dans le service « harceleur »
La ministre est même allée un peu plus loin en rappelant l'une des conséquences les plus néfastes dans les histoires de harcèlement professionnel, notamment entre médecins : la résolution du conflit passe souvent par le départ du soignant harcelé sans certitude pour ce dernier de retrouver un poste similaire à celui qu'il quitte. « J'ai accepté la mutation d'une clinicienne réputée de Grenoble dans un autre établissement avec son support de poste », a précisé Agnès Buzyn. « Je n'accepterai plus que des personnes qui quittent les services dans lesquels ils se font harceler soient obligées d'abandonner leur poste. Le service qui verra un professionnel partir pour de telles raisons de harcèlement ne verra pas son poste sanctuarisé. » Une manière indirecte de punir le ou les professionnel(s) « harceleur(s) » qui reste(nt) souvent en poste, spécialement en tant que chef de service ou de pôle.
Félicitations de l'association Mégnien
Cette prise de position n'est pas passée inaperçue. Les médecins de l'association nationale Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public ont « félicité » Agnès Buzyn pour être sortie « du déni manifesté habituellement par les autorités sanitaires et les pouvoirs publics devant de tels faits » de harcèlement. « La ministre a le courage d'appeler ces faits par leur nom, de les dénoncer avec détermination et d’envisager des mesures énergiques pour y faire face », a apprécié l'association, qui avait déjà épinglé le CHU de Grenoble dans sa carte noire du harcèlement pour trois signalements de cas de maltraitance, dont s'était par ailleurs saisi Édouard Couty.

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