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mardi 13 juin 2017

24 % des futurs médecins ont eu des idées suicidaires : internes et carabins tirent la sonnette d'alarme





suicide

Cinq internes se sont donné la mort depuis le début de l'année. « Les jeunes médecins vont moins bien qu'avant », affirme Ludivine Nohales, secrétaire générale de l'ISNCCA (chefs de clinique).
Pour la première fois, une enquête nationale* d'envergure menée sous l'impulsion de l'association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), des syndicats d'internes (ISNAR-IMG, ISNI) et de chefs de clinique et assistants (ISNCCA) permet de mesurer l'ampleur des troubles psychiques touchant les jeunes médecins.
Près de 22 000 personnes ont répondu à un questionnaire en ligne. Les résultats sont édifiants. Deux jeunes sur trois seraient anxieux contre 26 % dans la population générale. 28 % des répondants ont une symptomatologie dépressive contre 10 % du reste des Français. Enfin, 24 % des carabins et jeunes médecins ont déjà eu des idées suicidaires. « Parmi les répondants, 738 jeunes ont déjà fait une tentative de suicide », complète Guillaume Ah Ting, chargé de l'enquête santé mentale à l'ISNI. À cela s'ajoutent les violences psychologiques subies à l'hôpital. « 51,5 % des internes et 62,7 % des externes ont vécu des violences psychologiques à l'hôpital », poursuit-il.

Le respect du temps de travail en question
Un jeune médecin sur deux affirme ne pas avoir l'appui de ses supérieurs hiérarchiques. « Le manque de soutien des pairs et d'encadrement ainsi que la fatigue sont considérés comme des facteurs de risques », décrypte Guillaume Ah Ting.
Le non-respect de la réglementation du temps de travail (48 heures par semaine en moyenne) et du repos de sécurité sont également un facteur de risque retrouvé dans l'anxiété et la dépression. Le repos de sécurité n'est pas respecté chez 45,7 % des internes, chefs de clinique et assistants. À l'hôpital, 65 % des femmes enceintes n'ont pas eu accès à un planning aménagé. « Il faut des vraies sanctions auprès des services en faute telles que la perte de l'agrément », réclame Clément Le Roux, vice-président de l'ANEMF.
Quatre axes de travail prioritaires
Les quatre organisations syndicales avancent plusieurs propositions pour mieux prévenir les risques psychosociaux. Elles suggèrent de former les managers à chaque saut statutaire. « Il faut des journées dédiées et non pas de temps en temps au sein du service, explique Ludivine Nohales. Le management doit être bienveillant. » Autre levier dévoilé, organiser des temps d'échange. « Nous sommes confrontés à la mort, la souffrance et les difficultés de nos patients. Chaque service devrait pouvoir extérioriser ces difficultés », enchérit Leslie Grichy, vice-présidente de l'ISNI en charge des questions sociales.
Prévention primaire et secondaire
Le dépistage et la prise en charge des étudiants en difficulté doivent être plus rapides. Actuellement, dix cellules d'aide « SOS interne » montées par des étudiants à Bordeaux, Caen, Grenoble, Marseille, Montpellier, Nancy, Nice, Paris, Rouen et Rennes sont joignables par mail. D'autres réseaux locaux ou nationaux proposent aussi leur aide. Les syndicats demandent un recensement de l'ensemble de ces dispositifs d'accompagnement afin d'en faire la promotion. Ils souhaitent aussi que chaque étudiant soit reçu par la médecin du travail au début de chaque stage et/ou semestre.
45 % des externes et 60 % des internes n'ont jamais été reçus en consultation. « Ils sont souvent pris en charge bien trop tard car nous avons tendance à pratiquer l'automédication et à sous-évaluer le problème », analyse Maxence Pithon, secrétaire général adjoint de l'ISNAR-IMG. Une fois dépisté, l'étudiant devra pouvoir bénéficier d'un aménagement du terrain de stage avec « un taux de garde et d'astreinte réduit ».
Vers un plan d'action national ?
Les résultats de l'enquête vont être approfondis dans les prochaines semaines. L'Ordre des médecins, le Dr Valérie Auslender, auteur « Omerta à l'hôpital » et le Dr Alban Danset qui avait consacré sa thèse à la santé psychique des externes en médecine, saluent cette enquête de première importance. La CSMF apporte son soutien aux revendications des jeunes médecins et affirme que ce mal-être concerne l'ensemble de la profession. « Les médecins ont un risque de suicide 2,3 fois plus élevé que les autres professions », explique son président le Dr Jean-Paul Ortiz.
Une copie des résultats a été envoyée à la ministre de la Santé, le Pr Agnès Buzyn. Olivier Le Pennetier, président de l'ISNI, souhaite qu'elle soit le prélude à un plan d'action national des risques psychosociaux, urgent, sous l'égide du nouveau gouvernement.
* Enquête réalisée en ligne par questionnaire du 31 janvier au 1er avril 2017 à laquelle ont répondu 4 255 étudiants du 1er cycle, 8 725 du 2e cycle, 7 631 du 3e cycle et 1 157 chefs de clinique et assistants

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