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jeudi 20 avril 2017

L’école française, pas si « anxiogène »

LE MONDE | Par 

Et si l’anxiété, le stress, la pression scolaire étaient des maux moins répandus à l’école qu’il n’y paraît ? Si les élèves français en faisaient une expérience et un récit un peu moins aigus qu’on ne le dit ?

Du rapport sur le « bien-être des élèves » rendu public par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), mercredi 19 avril, ressort un tableau en demi-teinte de notre système éducatif. D’une enquête PISA à l’autre, celui-ci se caractérise pourtant par sa propension à trier les élèves, à exacerber les inégalités. C’est, précisément, de la dernière mouture du Programme international pour le suivi des acquis des élèves à 15 ans (PISA), dont les résultats ont été donnés en décembre 2016, que la matière première de cette enquête est tirée.

Lors de la passation des tests informatisés dans la cinquantaine de pays membres de l’OCDE, en 2015, les adolescents ont été questionnés sur leurs relations avec leurs camarades, leurs enseignants ; la qualité des échanges en famille ; ce qu’ils font – ou ne font pas – de leur temps. Et, nouveauté, incités à « noter leur vie » sur une échelle allant de 0 à 10.


« 29 % des jeunes Français sont très tendus »


Le bien-être, résumé à une série de statistiques ? L’OCDE assume la logique. « Les élèves français de 15 ans ont un niveau de satisfaction de vie de 7,6 [sur 10], légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE qui se situe à 7,3 », observe Francesco Avvisati, analyste. Une estimation sur laquelle pèsent des « biais culturels et subjectifs, reconnaît-il. Leur niveau d’anxiété relative aux études est moindre. 29 % des jeunes Français sont très tendus lorsqu’ils étudient, comparés à une moyenne au sein de l’OCDE qui atteint 37 % ».

Peut-on se satisfaire de ce tiers d’élèves qui potasse les cours la boule au ventre ? Ou des 47 % d’entre eux disant se sentir anxieux, même bien préparés pour un test ? C’est toujours moins que le niveau record d’inquiétude mis en lumière en 2012, lors de la précédente enquête PISA relative aux mathématiques – discipline qui conditionne, en France plus qu’ailleurs, la sélection et l’orientation. A l’époque, 73 % des adolescents français disaient s’inquiéter à l’idée d’avoir de mauvaises notes dans cette matière (contre 59 % dans l’OCDE), et plus de 1 sur 2 devenir « très tendu » à la perspective d’un devoir de maths à faire (contre 33 %).

A l’époque, plus d’un observateur du monde scolaire a mis en avant le lien entre l’anxiété ressentie et le niveau – très moyen – des performances en mathématiques. Plus d’un politique également, à l’image de l’ex-ministre de l’éducation Vincent Peillon. 
A la veille de sa première rentrée des classes, en septembre 2012, il s’était autorisé à forcer le trait sur i-Télé : « Vous savez, les élèves de France, à part les petits Japonais, sont les plus malheureux au monde. » Un argument censé plaider pour une réforme de la notation – chantier resté au milieu du gué.

Promulguée en 2013, la loi de « refondation » a fixé l’objectif d’une école « bienveillante » et « exigeante » – sans opposer ces deux principes, quoiqu’en pense toute une frange de la société (politiques, intellectuels, enseignants…) pour qui le « nivellement par le bas » n’est pas qu’un mauvais procès fait à la gauche.


Harcèlement : un ressenti « dans la moyenne »


Un quinquennat plus tard, ce rapport de l’OCDE sur une thématique très « grand public » questionne nos grilles d’analyse habituelles, en plaidant pour la nuance. Il questionne aussi, disent des enseignants, notre propension à « tout vouloir réduire à des statistiques ».

« A regarder l’horizon international », on ne peut déduire « de liens de cause à effet très forts » entre bien-être et performances, explique M. Avvisati : « Certains pays peuvent afficher de très bons résultats sans ériger le bien-être à l’école en priorité – à l’image des économies asiatiques. D’autres parviennent à combiner une performance scolaire supérieure à la moyenne et un niveau d’anxiété très faible – la Suisse, la Finlande, les Pays-Bas. Eux misent sur la motivation intrinsèque des élèves à la réussite plutôt que sur les effets de pression, de compétition. » Pas de causalité tranchée ni d’analyse binaire, en somme.

Et en France ? Si, comme le met en avant l’OCDE dans sa note de synthèse, « l’environnement d’apprentissage dans lequel évoluent les élèves peut influer sur leur développement et leur satisfaction à l’égard de la vie », quelques chiffres méritent une attention particulière. Certains donnent l’alarme : seuls 41 % des adolescents disent se sentir comme chez eux dans leur établissement. Partout le sentiment d’appartenance a reculé en dix ans mais c’est en France qu’il atteint son niveau le plus bas. En matière de harcèlement, le ressenti des élèves est « dans la moyenne », mais pas réjouissant : 18 % déclarent en être victime « au moins plusieurs fois par mois ».


L’importance du soutien des parents


D’autres données se veulent rassurantes : le sentiment d’être soutenu par ses parents atteint 95 % en France (94 % en moyenne au sein de l’OCDE). L’utilisation d’Internet – à hauteur de 127 minutes pendant une journée type, 191 minutes le week-end – est en deçà de la moyenne (respectivement 146 minutes et 184 minutes). Pourtant, privés d’Internet, 8 jeunes Français sur 10 disent se sentir « très mal », quand c’est le cas de 1 sur 2, en moyenne, ailleurs.

Reste une question : quels sont les facteurs dont on peut dire qu’ils ont le plus d’incidence sur le bien-être ? L’enjeu de l’évaluation ou de la notation n’apparaît pas comme premier selon les dires des élèves. La perception de la justice – ou de l’injustice – scolaire, du soutien et de l’impartialité des enseignants semble prépondérante, répond l’OCDE. Autant que l’accompagnement des parents.
« Une activité aussi simple que prendre un repas ensemble, au moins une fois par semaine, est associée à une augmentation d’au moins douze points du score en sciences, en moyenne, après contrôle du statut socio-économique des élèves », peut-on lire dans le rapport.
Bon sens, diront certains. Illustration de la responsabilité partagée, entre enseignants et parents, quant au devenir et à la motivation des jeunes générations.

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