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vendredi 22 janvier 2016

Schizophrénie : les médias français épinglés pour mauvais traitement

Betty Mamane
Information médicale quasi inexistante, corrélation constante avec des idées fausses (violence, dédoublement, etc.), référence à la maladie sur le mode caricatural ou métaphorique : tel est le constat accablant révélé par la première étude réalisée en France sur la représentation de la schizophrénie dans les médias. Celle-ci, publiée par l'association PromesseS, co-fondatrice du Collectif Schizophrénies, à l’occasion du 14e Congrès de l’Encéphale à Paris, pointe « une dérive française étonnante vers des stéréotypes porteurs de sur-stigmatisation ».

| 21.01.2016


Un traitement médiatique insuffisant et inadapté

Cette étude a été conduite par l'Observatoire Société et Consommation (ObSoCo), avec le soutien de Sanofi et Ipsen. Un corpus de 1,3 million d’articles, issus d’un échantillon représentatif de la presse écrite de 2011 à 2015, ont été passés au crible d'outils de traitement linguistique et sociologique afin d'analyser l’usage médiatique du terme « schizophrénie ».
Résultats : « Non seulement le traitement médiatique français est massivement insuffisant et inadapté, mais il présente en outre d'étonnantes spécificités », s'alarment les auteurs de l'étude. Ils évoquent dans leur analyse « la création d’un archétype pour tenir la réalité à distance face à une perte de contrôle individuellement angoissante » et « la prégnance historique de conceptions "psychanalysantes" archaïques et erronées. »
De fait, selon eux, l’image de la schizophrénie dans les médias reflète le traitement global fait à la maladie : sur-stigmatisation, domination des idées fausses et des stéréotypes culturels sur les réalités médicales, posture défensive, abord médical et social très incomplet. Une situation qui aurait freiné la prise de conscience et la mobilisation collectives. « Les médias ne sont pas plus responsables que les autres acteurs du système. Nous sommes tous en cause, professionnels de santé et associations de familles et patients inclus. »

Persistance des idées fausses et des stéréotypes

En 2009, déjà, la France était pointée du doigt comme l'un des pays européens qui stigmatise le plus la schizophrénie, selon une étude publiée dans le « Lancet » par la Fédération mondiale de psychiatrie (WPA). La schizophrénie touche une personne sur 100 en France. Elle est l’une des « maladies psychiques » les plus invalidantes, celles-ci représentant désormais le 3e enjeu de santé publique derrière le cancer et les maladies cardio-vasculaires. « Si les constats sont négatifs et perturbants, ils ont le mérite d’ouvrir des pistes pour lutter contre la stigmatisation de la schizophrénie et l’exclusion des malades », concluent les auteurs de l'étude présentée au Congrès. 

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