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mardi 28 juin 2016

Les pères aussi ont le blues !

21/06/2016

 

Si les dépressions maternelles du post-partum sont bien connues, peu d'auteurs se sont penchés sur la dépression chez les pères pendant les premières années de la vie de leurs enfants alors que cette pathologie retentit sur le développement cognitif et émotionnel de l'enfant.
Dans cette étude Selina Nath de l'Institut de Psychiatry duKing's College de Londres, a estimé la prévalence des symptômes dépressifs chez les pères et les facteurs de risque associés dans un échantillon national représentatif de familles ayant des enfants âgés de 9 mois à 7 ans à partir de l'étude de cohorte Britannique dénommée Millenium.

Cette cohorte rassemble les données de familles qui ont des enfants nés en 2000 ou 2001 vivant en Angleterre, en Ecosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord.
Les symptômes dépressifs paternels ont été analysés pour quatre groupes d'enfants constitués en fonction de leurs âges.
Les facteurs de risque examinés étaient les symptômes dépressifs maternels, les conflits conjugaux, le sexe et le caractère de l'enfant, l'origine ethnique, l'éducation, l'âge et le statut de l'emploi du père, le revenu et les conditions de logement de la famille.

Facteurs de risque : chômage, conflits conjugaux et dépression maternelle

La prévalence des symptômes paternels était de 3,6 % pour le groupe des enfants de 9 mois, de 1,2 % pour le groupe de 3 ans, de 1,8 % pour celui de 5 ans et de 2 % à 7 ans
Les analyses ont montré que les symptômes dépressifs paternels et maternels ont tous les deux diminué au fil du temps, ce qui suggère des origines identiques à la dépression des parents après la naissance d'un enfant. Cependant la baisse était plus rapide pour les mères.
Les symptômes dépressifs paternels étaient toujours corrélés au chômage, aux symptômes dépressifs maternels et aux conflits conjugaux.
Toutefois les facteurs socio-économiques tels que les caractéristiques du logement lorsque l'enfant avait 9 mois, un faible revenu familial lorsque l'enfant avait 5 et 7 ans ont également été associés à des symptômes dépressifs plus élevés chez les pères. Pour certains, ces symptômes commencent à diminuer quand les enfants atteignent 9 mois, pour d'autres il faut attendre 3 ans.
La principale conclusion de cette étude montre que le chômage paternel est le facteur le plus important de risque de dépression.
Cependant le chômage est en lui même un des plus grands pourvoyeurs de dépression chez l'homme, indépendamment de toute paternité.
Il serait donc intéressant de refaire cette étude en excluant a priori les couples où le mari est au chômage.
Les auteurs recommandent une approche de la problématique des dépressions des parents plus centrée sur les conditions de vie de la famille.
Dr Jean-François Philippon
RÉFÉRENCES
Nath S et coll. : The prevalence of depressive symptoms among fathers and associated risk factors during the first seven years of their child’s life: findings from the Millennium Cohort Study. BMC, Public Health, 2016; 16: 509. DOI: 10.1186/s12889-016-3168-9.

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