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vendredi 28 octobre 2022

Au Japon, des robots aidants dans les maisons de retraite


 




MAINICHI SHIMBUN (TOKYO)   

Cet article a été publié dans sa version originale le 15/08/2022.

Sa population est celle qui vieillit le plus vite dans le monde, et l’archipel veut développer l’utilisation de la robotique pour faire face au manque d’aides-soignants. En 2020, 20 % des maisons de retraite utilisaient des robots notamment pour les aider à la surveillance des résidents et au recueil de leurs paramètres vitaux.

Lorsqu’on parle de robots, on a tendance à penser à des humanoïdes capables de marcher seuls, dotés d’un visage et pouvant nous parler. Ceux qui sont développés pour permettre d’alléger un peu le travail des aides-soignants ne sont pas de ce type. Il s’agit en réalité de tout un système robotique adapté aux soins, équipé d’une série de fonctions pour “repérer des informations et agir en conséquence”.

En 2019, une maison de retraite de la ville de Sakai [dans la préfecture d’Osaka] a investi dans des robots d’assistance à la surveillance. Ceux-ci sont pourvus d’un système de détection des mouvements, et peuvent évaluer les risques de chute des résidents en fonction de leur comportement. Ces robots avertissent les aides-soignants de la nécessité d’une intervention via un terminal portable. Seule la silhouette est visible sur l’écran du personnel, de manière à respecter l’intimité des pensionnaires.

Depuis l’introduction de ces appareils, les soignants ont pu réduire la fréquence de leurs rondes de nuit, destinées à l’inspection des chambres en prévention d’éventuels accidents. En outre, les robots sont capables de discerner les mouvements à risque spécifiques à chaque résident. “Notre travail pendant les gardes de nuit en est facilité”, s’accorde à dire l’équipe soignante. Et, comme les soignants viennent moins souvent dans leur chambre en pleine nuit, certaines personnes âgées affirment mieux dormir.

Au vu de ces résultats, l’établissement a acquis d’autres robots afin de permettre une surveillance encore plus adaptée à l’état de santé des résidents. “Il y a des personnes qui ont besoin d’être aidées dès qu’elles se lèvent de leur lit, tandis que d’autres n’en ont pas besoin, précise le directeur de l’établissement. C’est à nous de trouver comment faire bon usage de ces robots pour agir au cas par cas.”

Détecteurs à infrarouge et capteurs de vibrations

D’après Kiyokuni Goshima, chef du département Planning de la fondation reconnue d’utilité publique Techno Aids (dans l’arrondissement de Shinjuku, à Tokyo), jusqu’à présent on disposait un “détecteur sous forme de tapis” au pied du lit des pensionnaires. C’était un moyen de savoir quand chacun d’eux se levait ou s’éloignait de son lit.

Désormais, des détecteurs à infrarouge, des capteurs de vibrations ou encore des accéléromètres sont installés à proximité des lits pour recueillir des données qui sont ensuite analysées. Si, par exemple, un résident s’assied au bord de son lit, se coince dans la barrière du lit ou tombe, ces informations sont instantanément transmises aux soignants via leur terminal. Les membres de l’équipe peuvent aussi surveiller plusieurs patients à la fois directement depuis leur bureau.

C’est de ce type de système robotique que la maison de retraite située à Sakai s’est dotée. Kiyokuni Goshima explique que “ces progrès techniques permettent non seulement de prévenir d’éventuelles chutes, mais aussi de recueillir certains des paramètres vitaux – comme la fréquence cardiaque ou respiratoire –, ou encore de surveiller la qualité du sommeildes patients. Toutes ces informations peuvent être enregistrées, et certains établissements les utilisent pour prendre en charge la santé du patient dans sa globalité.”

Un programme d’aides de l’État

En raison du vieillissement de la population, la demande en services de soins croît rapidement. Cependant, de nombreux établissements peinent aujourd’hui à garantir une présence de personnel soignant suffisante. Afin de pallier ce manque, l’État japonais a encouragé l’utilisation de la robotique.

En octobre 2017, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales et celui de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (Meti) ont ajouté l’aide pour accompagner les personnes aux toilettes ou pour d’autres gestes du quotidien à la liste des domaines prioritaires dont le développement doit être soutenu. Les deux ministères ont alors planifié la mise en place progressive de ces équipements. Le programme d’aide prévoyait également l’évaluation des résultats observés après l’introduction des robots aidants.

Toutefois, l’objectif est loin d’être atteint. Selon un sondage réalisé en 2020 par la Care Work Foundation sur les conditions de travail des soignants, 80,6 % des établissements n’étaient pas équipés de robots. Quels sont les obstacles à l’introduction ou à l’utilisation de ces nouvelles technologies ? Lorsqu’on interroge les établissements, 60,5 % répondent que leur mise en place coûte cher. Par ailleurs, 34,5 % disent “craindre des dysfonctionnements”, 26 % “ne pas savoir quels types de robots assistants existent”, et 25,1 % déclarent “ne pas être à l’aise avec l’idée d’utiliser des robots pour administrer des soins”.

Afin de remédier à ces inquiétudes et d’inciter les établissements à s’équiper de systèmes robotiques, l’État et les municipalités prévoient d’apporter des subventions et d’autres aides financières. Et en vue de satisfaire ceux qui souhaitent y recourir à titre expérimental dans un premier temps, le ministère de la Santé a chargé Techno Aids de publier une “liste de robots mis à disposition pour le prêt”.

Veiller à la qualité de vie des résidents

Cette liste répertorie des robots aidants que des entreprises spécialisées acceptent de prêter. Les établissements qui ont l’intention de s’équiper de ces appareils peuvent, grâce à la liste, connaître les caractéristiques des appareils et les circonstances dans lesquelles ils peuvent être utilisés. Celle-ci comprend, par exemple, des robots aidants que les soignants portent sur eux – comme une ceinture ou une veste – pour réduire la charge sur le bas du dos, ou des équipements qui permettent d’accompagner la personne âgée de son lit vers les toilettes. Tous ces robots entrent dans la catégorie “prioritaire” fixée par l’État. Et dans cette liste, aucun robot aidant humanoïde ne manipule directement les patients.

Aujourd’hui, la “communication-surveillance” est le domaine où les robots assistants sont le plus largement employés. Une grande variété de matériel est mise sur le marché dans cette catégorie par de nombreuses entreprises. Rien que dans la liste, les équipements proposés proviennent de 42 sociétés différentes.

Pour bien choisir, les établissements de santé candidats à l’expérimentation peuvent prendre conseil dans leur préfecture, auprès de responsables chargés de la robotisation. Kiyokuni Goshima ajoute : “Il leur est aussi expliqué comment, en fonction du robot choisi, les informations collectées peuvent être concrètement utiles pour les soins. On prête attention à la réduction de la charge de travail du personnel, mais il ne faut pas oublier de veiller à la qualité de vie de la personne assistée.”


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