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samedi 14 janvier 2017

Conflits d'intérêts : étudiants et internes réclament des cours pour se protéger de l'influence des laboratoires

Sophie Martos
| 13.01.2017



L'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) a réclamé, ce vendredi, l'organisation de cours dédiés aux liens d’intérêts dans les facultés de médecine.
Cette demande est formulée après la publication de témoignages de carabins et la parution d'une enquête du collectif Formindep, association de formation professionnelle dans la revue scientifique « Plos One », selon laquelle seulement neuf UFR de médecine sur 37 ont pris des dispositions pour préserver l'indépendance de leur formation.
« Nous n'avons pas d'enseignements "critique" sur les conflits d'intérêts dans la formation initiale. Lréaction de la conférence des doyens sur le sujet est positive et nous souhaitons travailler avec eux pour assurer une formation adaptée au sein des facultés », explique Clément Le Roux, en charge de la « santé globale » à l'ANEMF.

La présidente du Formindep, Anne Chailleu abonde en ce sens. « Les étudiants ne doivent pas être formatés par l'industrie, ils ne doivent pas trouver leur démarche "normale" », souligne-t-elle.
Néanmoins, Paul Scheffer à l'origine de l'enquête a mis en garde les carabins contre les enseignants ou structures liés à l'industrie et pouvant être amenés à donner un cours. « Il ne faut pas que le LEEM (Les entreprises du médicament) soit à l'initiative des cours comme c'est le cas dans l'une des facs de Lyon », a-t-il tranché.
Vers un classement annuel de l'indépendance des facs
Quelques initiatives ont déjà été entreprises par des carabins ou facultés de médecine pour alerter sur l'influence de l'industrie pharmaceutique. Ainsi le collectif d'étudiants, la Troupe du Rire a publié un livret en 2015 pour sensibiliser les jeunes sur ces pratiques. À Nice, l’équipe de l’Esprit Critique Niçois a organisé un débat sur les lanceurs d'alerte et sur le film « La Fille de Brest ». « 17 facultés ont organisé la projection du film », affirme Clément Le Roux.
Stéphane Bouxom, porte-parole de l'Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG), estime que la formation doit également s'étendre au corps professoral. « Le Formindep a donné un coup de pied dans la fourmilière. Le problème n'est pas uniquement lié au milieu universitaire mais aussi au milieu hospitalier et libéral », dénonce-t-il. Selon le représentant de l'ISNAR-IMG, il faudrait mener une réflexion sur la formation des maîtres de stage. « Il n'est pas souhaitable qu'un interne assiste au rendez-vous d'un représentant commercial au cours de sa formation », poursuit-il.
Le Formindep et l'ANEMF sont déterminés à poursuivre leur action. Le classement consacré à l'indépendance des facultés de médecine sera désormais annuel. « Notre ambition est d'aller plus loin en direction de l'hôpital. Même si certains ont déjà mis en place des stratégies pour prévenir les conflits d'intérêts, nous souhaitons faire une enquête similaire auprès des centres hospitaliers universitaires en 2017 et provoquer une prise de conscience », conclut le Dr Christian Guy-Coichard, membre du Formindep.

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