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vendredi 15 novembre 2013

Femmes de banlieue, elles occupent les cafés d’Aubervilliers

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Les femmes du collectif Place aux femmes dans un café d'Aubervilliers (SZ)
Les femmes du collectif Place aux femmes dans un café d'Aubervilliers (SZ)
Elles sont assises au fond du café. Une grande tablée, un paquet de biscuits apéritifs et quelques verres. A comptoir, trois hommes regardent, curieux. C'est au Pile ou face, dans ce bar d'Aubervilliers situé sur la grande avenue qui mène à la mairie, que le collectif Place aux femmes, a jeté son dévolu ce mardi 12 novembre. Comme toutes les quinzaines, Monique et ses copines « veulent occuper l'espace ». Toutes – ou presque – portent un foulard à pois, comme signe de reconnaissance. Dans ces rues de banlieue, en ce soir hivernal, c'est une vraie surprise de voir autant de femmes dans un café. Ici, comme dans de nombreuses communes de tradition ouvrière et immigrée, ils sont le domaine des hommes.
La première fois, qu'elles ont osé, c'était en beau jour d'avril 2011, au Roi du café. Monique, enseignante à la retraite, avait voulu y prendre un café : « Il n'y avait que des hommes qui me regardaient comme si je n'étais pas à ma place. J'ai trouvé ça insupportable. Sur le trajet du métro, je me suis aperçue que toutes les terrasses étaient masculines », raconte-t-elle. Alors, elle a envoyé un mail à ses amies pour leur raconter l'expérience, leur proposer de réagir. Le mail a circulé et fait d'autres adeptes.
Trente cafés "visités"
Ces femmes, toutes habitantes Aubervilliers et nombreuses à être actives dans la vie associative, ont décidé de tester un premier troquet : « On est arrivée deux par deux, grignotant la terrasse chaise après chaise, jusqu'à former un groupe occupant une bonne moitié de l'espace », se souvient encore Monique. « On était regardées de travers par les jeunes, les dealers qui se postaient contre le mur en faisant masse. Des voitures se sont garées juste devant, la radio à fond. Même la police est passée deux fois ! Mais on n'avait pas peur et on est devenu l'événement du quartier », ajoute Maguy, auteure, la cinquantaine rieuse.
Elles sont revenues durant plusieurs semaines jusqu'à ce que leur présence semble évidente. Le groupe est alors passé à un autre café. Dix huit mois plus tard, elles ont « visité » une trentaine d'estaminets. « C'est parfois difficile d'oser entrer et s'asseoir, c'est un vrai engagement », insiste Nadia, professeure. « Au fur et à mesure, on gagne en confiance : des habitudes se créent, les femmes s'arrêtent et entrent », note Nathalie, comédienne. Au Roi du café, la clientèle a changé et d'autres femmes consomment régulièrement. C'est à son patron qu'elles ont attribué leur label « ici, les femmes se sentent chez elles aussi ». Un autocollant jaune apposé sur la vitrine comme une première victoire.

Le label du collectif Place aux femmes (SZ)
Le label du collectif Place aux femmes (SZ)
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