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dimanche 10 novembre 2013

A quelle heure est-on le plus honnête ?

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 
Cela commence dès potron-minet. Tartines ou céréales ? N'oublie pas ton régime. Beurre, confiture ou beurre plus confiture ? Cela se poursuit avec la liste des rendez-vous et des choses à faire. Et puis que dire à untel ou à bidule ? Dois-je vraiment faire le sale boulot ? Ah, encore des pièces à glisser dans le parcmètre ou le tronc de l'église... Et si je me garais en double file, juste dix minutes ? Pas mal cette veste... Non mais, faites la queue comme tout le monde ! Pour qui se prend-il celui-là ? Un verre pour se relaxer après ce mardi pourri... J'arrêterai demain.
Tout au long de la journée, nous contrôlons nos désirs et nos pulsions en tâchant de les accorder avec notre modèle éthique personnel. Mais pour certains psychologues, ce sens moral qu'on pourrait voir comme une vigie inaltérable, puisque purement conceptuelle, s'apparenterait plutôt à un muscle : il se fatiguerait. Au fur et à mesure que l'on s'approche du soir, cette capacité à s'autoréguler s'épuiserait, et Jiminy Cricket aurait, comme nous, besoin de repos.
Pour tester l'hypothèse selon laquelle les ressources morales se tarissent au fil des heures, deux chercheurs américains ont réalisé une série d'expériences dont ils ont rendu compte dans un article publié le 28 octobre par Psychological Science. Chaque fois, le groupe de cobayes était divisé en deux sections, l'une passant le matin, l'autre l'après-midi. Différents tests étaient proposés.

Dans l'un, on notait de 1 à 7 (1 = père la morale, 7 = j'ai vendu ma mère au diable) le caractère éthique ou non de certaines affirmations, comme : « Etant donné la manière grossière dont les gens donnent une image fausse d'eux-mêmes, ce n'est pas un péché de gonfler un peu ses qualifications. » Dans un autre, il fallait reconstituer une série de mots aux lettres manquantes, dont deux pouvaient donner les adjectifs anglais moral et ethical(mais d'autres mots comme coral et effects pouvaient être trouvés).
Toutefois, les expériences les plus intéressantes étaient celles qui offraient la possibilité de mentir ou de tricher (et, bien sûr, celle de rester honnête...). Pour l'une d'entre elles, les personnes étaient seules devant un écran sur lequel défilait une série de 100 carrés divisés en deux par une diagonale. Vingt points étaient répartis dans chaque carré (qui n'apparaissait que pendant une seconde) et il fallait appuyer sur un bouton pour signaler la partie contenant le plus de points.
On touchait 500 en désignant le côté droit, mais dix fois moins en indiquant le côté gauche. Comme l'argent était gagné même si la réponse était incorrecte, les participants pouvaient faire exprès de se tromper de manière à accroître frauduleusement leurs gains.
Les résultats de l'intégralité des expériences vont tous dans la même direction : les cobayes de l'après-midi perdent davantage de vue leur morale et ont systématiquement plus menti que ceux du matin ! C'est chez les personnes se déclarant le plus honnêtes que l'écart entre le matin et l'après-midi s'avère le plus fort. Chez elles, quand la journée avance, le stock éthique s'amoindrit vraiment - pour les autres, le stock semble épuisé depuis longtemps car la « triche » est aussi élevée à tout moment de la journée...

Selon les auteurs de l'étude, la société devrait donc programmer les tâches qui exigent le plus de sens moral le matin. La déclaration d'impôts au petit déjeuner, ça vous dit ?

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