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lundi 2 mars 2015

L’assistance sociale et psychiatrique à Genève : retard ou déclin?

SUISSE Miguel D. Norambuena 02 mars 2015

Miguel D. Norambuena, directeur du Centre Racard à Genève, s’inquiète de la dégradation des conditions d’aide psychiatrique et sociale. L’obsession d’efficacité et de rentabilité entraîne une surmédicalisation au détriment de la relation humaine, indispensable pour guérir

Depuis l’émergence des neuroleptiques et des antipsychotiques, les personnes souffrant de délires, d’hallucinations ou du sentiment de persécution ont pu progressivement quitter l’hôpital psychiatrique pour bénéficier des structures extra-hospitalières. Les années 1970, lorsqu’à la Clinique Bel-Air, à Genève, les patients trop «agités» étaient enfermés et traités avec des électrochocs, semblent bien loin. Toutefois, au-delà de la grande ouverture d’esprit qui caractérise notre époque, tout n’est pas aussi rose qu’il y paraît.
En effet, dans le contexte de l’économisme actuel, fondé sur un discours managérial ayant promu le néolibéralisme en religion (Valerio Evangelisti), les réponses qui sont apportées à la complexité des mutations technoscientifiques et sociales dont nous sommes les témoins sont simples: réductions budgétaires, compression de postes de professionnels, retraites anticipées, surcharge de travail, réductions des nuitées et des lits d’hospitalisation. A cela il faut ajouter le développement des «techniques de la relation» qui permettent un rapide diagnostic comportemental ou émotionnel, à la différence de la longue, patiente et laborieuse observation clinique d’autrefois, axée sur l’attention et la disponibilité temporelle des professionnels. L’écoute, posée et accueillante, était alors la clé de voûte de la relation réparatrice avec le patient. En tous les cas, c’est ce qu’on voyait et entendait lorsque le professeur Ajuriaguerra, directeur de la Clinique Bel-Air de 1959 à 1975, effectuait sa visite pavillonnaire des patients. Cette relation d’aide aux bénéficiaires de l’assistance psychiatrique était alors axée sur la capacité empathique d’accueillir les patients dans la durée; une relation à construire, «dialogique», rassurante et réflexive.

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