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jeudi 3 octobre 2013

Les personnes âgées et les précaires, grands perdants de la prise en charge hospitalière

Lors d'un colloque organisé au Sénat sur l'accès aux soins des plus démunis, de nombreux intervenants se sont succédé pour dénoncer, y compris à l'hôpital, les multiples obstacles mis en place dans le parcours de soins.
"Les urgentistes sont à mi-chemin entre l'hôpital et la ville, entre l'ambulatoire et l'hôpital", a commencé Enrique Casalino, président de la collégiale des chefs de service des urgences de l'AP-HP, lors d'un colloque organisé le 30 septembre dernier au Sénat, à l'occasion de la remise du rapport d'Aline Archimbaud sur l'accès aux soins des plus démunis (lire ci-contre). À ce titre, ils ont un point de vue privilégié sur les dysfonctionnements de la prise en charge hospitalière et sur l'accès aux soins. Premier écueil : la proximité ne semble pas être l'apanage des centres hospitaliers. "Que valorise-t-on ? Les missions de proximité ? Les greffes cardiaques ? Aujourd'hui, la population doit s'adapter à l'hôpital, et non l'inverse", a déploré le Dr Enrique Casalino. Deuxième problème : la complexité administrative, en particulier à l'accueil. "On ne peut pas rentrer à l'hôpital sans rendez-vous. L'accueil est un véritable mille-feuilles." Une fois passée la barrière de l'accueil, encore faut-il pouvoir se repérer au sein de l'organigramme hospitalier : "Les structures hospitalières ont des missions basées sur des disciplines médicales. Un patient ne peut se retrouver dans pareil dédale. L'hôpital devrait être plus transversal, les parcours de soins devraient être plus évidents." 

Manque de culture de l'accès aux soins à l'hôpital

Résultat, les urgences pallient les carences organisationnelles de l'hôpital : "Les urgences, c'est la solution de facilité pour l'hôpital. Elles offrent une porte d'accès immédiate, sans complication, aux soins. Ici, nous recevons les gens précaires et démunis." Mais les urgences, solution de court terme, se révèle être aussi, pour certains types de population, une voie sans issue : "Les personnes âgées avec des petites retraites restent dans les couloirs des urgences, on ne les prend pas. Car il s'est créé actuellement à l'hôpital un fossé entre l'offre et la demande. Et les urgences pallient ce fossé, nous mettons en place des procédures pour prendre en charge les patients, précaires ou pas. Il faut savoir qu'aux urgences, il y a entre 30 et 80% d'impayés." Si personnes âgées, précaires et suicidants restent bloquées aux urgences, sans pouvoir être pris en charge dans les services, c'est "parce qu'il y a une difficulté culturelle à l'hôpital pour garantir l'accès aux soins."

Retard de recours aux soins pour 43% des patients de Médecins du Monde

Si l'hôpital rencontre des difficultés pour garantir l'accès aux soins de tous, l'association Médecins du Monde (MdM) tente de combler les manques, en la matière, du système de santé français. Et constate que l'accès aux soins, pour les personnes les plus précaires, se détériorent. Ainsi le baromètre 2013 de Médecins du monde sur l'accès aux soins des plus démunis, qui sera officiellement présenté le 16 octobre prochain, fait état de chiffres alarmants : "Jusqu'en 2008, nous constations que 10% des personnes qui venaient consulter nos centres présentaient un retard de recours aux soins. Actuellement, ils sont 43% à présenter un retard de recours aux soins. 22% ont renoncé aux soins et 34% ont besoin de soins urgents. Parmi les femmes enceintes, 50% ont leur première consultation à la 15e ou 16e semaine", explique Jeanine Rochefort, déléguée régionale Ile-de-France de Médecins du monde. Et le refus de soins de la part des médecins ne serait pas non plus négligeable. Il serait de l'ordre de 40% pour les médecins de secteur 2, selon MdM. Mais, comme l'a rappelé Jean-Luc Bocquet, directeur général de la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Artois, la première barrière à l'accès aux soins reste l'ouverture des droits à l'assurance maladie. "Pour l'ouverture des droits à la CMU-C, c'est le parcours du combattant. Qui plus est, lorsque les droits sont ouverts, ce n'est que pour une année, de date à date. Nous faisons des relances mais nous perdons chaque année 10% d'entre eux", explique Jean-Luc Bocquet. Et la précarité sociale - le taux de bénéficiaire du RSA est le double de la moyenne française dans le bassin de l'Artois - fait en sorte que la santé est très souvent négligée : "La priorité dans la région Nord, c'est l'alimentation, le logement, le paiement des factures. 15% des bénéficiaires potentiels de la CMU-C n'en font pas la demande..." 

Pour répondre à cette urgence sanitaire, Aline Archimbaud a formulé une série de propositions dans son rapport. La Fédération de l'hospitalisation privée (FHP), dans un communiqué, accueille avec bienveillance ces préconisations. Elle soutient en particulier deux propositions : la simplification administrative de l'ouverture des droits pour les personnes en situation de précarité et une meilleure formation des professionnels de santé. La Fédération nationale des centres de santé (FNCS) soutient également les 40 propositions d'Aline Archimbaud et souligne le rôle essentiel du tiers payant dans l'accès aux soins des publics précaires. La FNCS, sans surprise, défend plus particulièrement l'une des propositions du rapport Archimbaud, qui tend à renforcer l'action des centres de santé. 
Jean-Bernard Gervais
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