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vendredi 28 mai 2021

Covid-19 : la consommation d’anxiolytiques et d’hypnotiques s’est accrue en France depuis mars 2020

Par   Publié le 27 mai 2021

Un rapport portant sur 4 milliards de prescriptions entre mars 2020 et avril 2021 confirme la dégradation de la santé mentale des Français sous l’effet de la crise sanitaire.

Un employé range des médicaments dans un robot de la plus grande pharmacie française à Paris, le 8 septembre 2020.

La crise sanitaire et ses confinements successifs ont profondément modifié la consommation des médicaments des Français. C’est ce qui ressort d’un rapport rendu public, jeudi 27 mai, par le groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare, constitué par la Caisse nationale d’assurance-maladie et l’Agence nationale de sécurité du médicament, le sixième sur ce sujet. Ces données portent sur les médicaments de ville, délivrés sur ordonnance en pharmacie, du 16 mars 2020, premier jour du premier confinement jusqu’au 25 avril 2021, soit durant les trois vagues de l’épidémie de Covid-19. Au total, ce sont cinquante-cinq classes thérapeutiques et 4 milliards de prescriptions médicamenteuses qui ont été comparées au nombre attendu de prescriptions (calculé sur la base de l’utilisation à la même période des deux années précédentes).

Les chiffres illustrent la dégradation de la santé mentale. Tendance forte depuis le début de la pandémie, les psychotropes, tels les anxiolytiques de type Xanax, Lexomil, Temesta, Lysanxia…, ont progressé sur la période de mars 2020 à avril 2021 (avec 3,4 millions de prescriptions de plus qu’attendu), de 7 % en 2020 et de 10 % sur les premiers mois de 2021, tout comme les hypnotiques, couramment appelés somnifères, tels que Stilnox, Imovane (+ 1,4 million), ou les antipsychotiques (+ 440 000) . « Il y a eu une médicalisation des troubles de l’anxiété et des troubles du sommeil », résume Alain Weill, directeur adjoint d’Epi-Phare.

Le phénomène s’est amplifié en 2021. « Ce sont des médicaments qui répondent à des troubles de l’anxiété et du sommeil sans forcément que ce soit rattaché à un diagnostic précisil y a un risque d’automédication, ces produits sont un peu le Doliprane de l’anxiété, dit le professeur Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie au CHU Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Cela illustre le constat fait depuis plusieurs mois, l’augmentation des souffrances psychiques, notamment des dépressions. » Les antidépresseurs, avec un décalage dans le temps, ont également été plus prescrits.

Pensées suicidaires chez les plus jeunes

Alors que les recommandations visent à réduire l’utilisation de ces molécules, qui étaient plutôt en baisse, certes légère, ces dernières années, « les instaurations d’antidépresseurs (+ 23 %), d’anxiolytiques (+ 15 %) et d’hypnotiques (+ 26 %) pour de nouveaux patients sont en très forte croissance en 2021 », souligne le rapport Epi-Phare. « On n’a jamais vu des augmentations de cet ordre-là, c’est exceptionnel », décrit M. Weill.

Stress lié à la période, inquiétudes pour soi et ses proches, décès, isolement, risques accrus de chômage… Le recours accru à ces benzodiazépines « reflète probablement l’impact psychologique important de l’épidémie de Covid-19 et ses conséquences médicales, sociales, professionnelles et économiques », souligne le rapport, qui relève que plus de 8 000 articles scientifiques ont été publiés sur le sujet de la santé mentale depuis un an. En France, l’enquête CoviPrev, réalisée par Santé publique France, en lien avec l’institut de sondage BVA, note que 22 % des Français souffraient d’un état dépressif en avril 2021 (+ 12 % par rapport au niveau hors épidémie), 22 % d’un état anxieux (+ 8,5 %). Décrits dès les premiers mois de la crise sanitaire, les problèmes de sommeil ne font que s’amplifier ; 64 % des Français en souffrent.

Point inquiétant : 9 % des Français avaient eu des pensées suicidaires au cours de l’année (en hausse de 4 % par rapport au niveau hors épidémie), notamment les plus jeunes. « Il y a une grosse demande de soins de santé mentale et de psychiatrie chez des adolescents qui décompensent et arrivent à l’hôpital par les urgences », explique Rosemary Dray-Spira, directrice adjointe d’Epi-Phare. Les services de pédopsychiatrie sont saturés.

Chute des infections pulmonaires et ORL

Autre point préoccupant, « une hausse marquée » depuis le début de l’année des instaurations de traitements, curatifs ou préventifs, contre les troubles cardio-vasculaires, notamment les statines (anticholestérol) (+ 24 %) et les antidiabétiques (hors insuline), de plus de 11 %. « Cette augmentation saisissante et surprenante s’accentue », constate Mme Dray-Spira. « Cela peut s’expliquer par les effets de la sédentarité, la baisse de l’activité physique, de loisirs et de la vie de tous les jours, une modification de l’alimentation », poursuit l’épidémiologiste. Plusieurs enquêtes ont indiqué une prise de poids de deux à cinq kilos en moyenne pendant les périodes de confinement. « Or, l’activité physique est extrêmement efficace sur toutes les pathologies cardio-vasculaires et le diabète », abonde M. Weill.

L’effondrement des délivrances des produits de préparation pour les coloscopies et ceux pour des scanners, IRM, lors du premier confinement, reflet des déprogrammations massives, n’a pas été rattrapé en 2021. Pour les seules coloscopies, le retard de prescription de 206 000 produits en 2020 ne sera pas compensé par les quelque 20 000 délivrances sur les premiers mois de 2021, sur un total de 1 million de coloscopies réalisées chaque année. « Si les actes diagnostiques sont un peu au-dessus de l’attendu, d’environ 3 %, ce retard ne sera pas rattrapable, en raison des capacités des centres de soins, opérateurs et anesthésistes insuffisantes », explique Mme Dray-Spira. Conséquence : des cancers diagnostiqués à un stade plus avancé, entraînant un retard de prise en charge, faisant craindre des milliers de décès liés aux dégâts collatéraux de cette pandémie.

Bonne nouvelle en revanche, la baisse sensible des antibiotiques en raison de la chute des affections pulmonaires et ORL (pneumonie, bronchite, sinusite…), avec un solde négatif de 4,7 millions de prescriptions, en lien avec la baisse de la circulation des virus et agents infectieux. Cela s’explique par les moindres interactions sociales et par le port du masque.


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