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mardi 9 décembre 2014

La conscience, sculpture neuronale

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO |  | Par 


Qu’est-ce que la conscience ? L’intérêt prononcé de Nobels en fin de carrière pour cette question vertigineuse a pu faire dire à certaines mauvaises langues qu’il était peut-être un marqueur de sénilité. Rien de tel chez Stanislas Dehaene, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale au Collège de France. Après La Bosse des maths  (1996) et Les Neurones de la lecture (2007), tous deux parus chez Odile Jacob, il élargit logiquement l’ambition de son exploration du monde mental. Et dans la lignée de son mentor Jean-Pierre Changeux, auteur de L’Homme neuronal (Fayard, 1983), il propose un livre qui mérite lui aussi de figurer sur la table de chevet de tout honnête homme ou femme intéressé(e) par les processus de la pensée.

D’emblée, Stanislas Dehaene tord le cou au dualisme : il n’y a pas de séparation entre corps et esprit. Voilà pour Descartes. Et Freud ? « Dans son œuvre, les idées solides ne sont pas les siennes, tandis que les idées qui sont les siennes ne sont pas très solides. » Adepte revendiqué du réductionnisme, c’est bien dans les processus neuronaux les plus intimes qu’il cherche « le code de la conscience », comme il a choisi d’intituler son ouvrage. Avec les outils conjoints de la psychologie expérimentale et de l’exploration cérébrale (imagerie, électrodes...), prétend-il, il est possible de faire d’une expérience subjective un objet d’étude objective.

Et il le prouve, pas à pas, en décortiquant tout d’abord les processus de la perception. Les illusions visuelles, comme les images subliminales ou les « clignements de l’attention », sont en effet une formidable porte d’entrée pour tenter de saisir le moment et les mécanismes à partir desquels un stimulus sera admis dans notre théâtre mental conscient.


Flux de la conscience


Pour synthétiser l’ensemble des connaissances expérimentales accumulées, Stanislas Dehaene et ses collègues ont proposé une théorie dite de l’espace de travail neuronal : le « flux de la conscience », concept forgé par William James (1842-1910 ; frère de Henry), est le résultat de l’activité d’une « super-assemblée » de cellules éparpillées dans le cerveau, qui se synchronise. Et sculpte, dans le tintamarre neuronal engendré par la multitude de stimuli internes et externes qui bombardent notre encéphale en permanence, la perception consciente.

Des simulations informatiques sont venues appuyer ce qui semble être plus qu’une intuition. Mais aussi des cas cliniques : comme toujours en neurologie, le pathologique éclaire le normal. C’est sans doute là la partie la plus fascinante et poignante de l’ouvrage, une question souvent de vie ou de mort : comment savoir si chez certaines personnes en état végétatif ne subsiste pas une pensée autonome ?

La fin du livre offre des réponses à des interrogations tout aussi sensibles : à partir de quand l’enfant à naître est-il un être conscient ? Qu’en est-il des animaux ? Des machines ne pourraient-elles pas accéder à une forme de conscience ? Pourra-t-on un jour s’y brancher ? Si « la boîte noire de la conscience est désormais entrouverte », Stanislas Dehaene entend bien la fouiller de fond en comble.

« Le Code de la conscience », de Stanislas Dehaene (Odile Jacob, 234 p., 25,90 euros).

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