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jeudi 24 décembre 2020

Jean-Claude Ellena : «Exister, c’est sentir»

Par Catherine Calvet — 23 décembre 2020 

Valentine Reinhardt

L’ancien «nez» d’Hermès publie un atlas des odeurs qui est aussi une histoire naturelle de la parfumerie et de ce sens ignoré qu’est l’odorat.

Dans son dernier ouvrage, Atlas de botanique parfumée(Arthaud), le célèbre parfumeur Jean-Claude Ellena, auteur de Terre d’Hermès, de Globe ou de l’Eau du navigateur, nous fait découvrir un peu de sa bibliothèque des odeurs, de sa palette de parfumeur. Illustré à la façon d’un herbier, c’est à la fois un livre d’histoire naturelle, un carnet de souvenirs et de voyages. Nez de la maison Hermès durant quatorze ans, il raconte ici la métamorphose, mystérieuse et surprenante, de certaines matières premières parfois malodorantes. Au gré de textes sur les racines, fleurs, sécrétions, ou feuilles, on devine aussi une histoire de la parfumerie, de son passé artisanal à son présent industriel. Et une histoire de ce sens longtemps ignoré, l’odorat.

Comment un «nez» traverse-t-il cette période de confinement avec masque ?

Mal, car exister, étymologiquement c’est sentir. Il y a encore 200 ans, le verbe sentir signifiait «comprendre par les sens», cela ne se limitait donc pas à l’odorat et représentait aussi une forme d’intelligence, une intelligence sensible, par le toucher, par l’ouïe. D’ailleurs aujourd’hui encore, sentire en italien se traduit par «entendre» en français. De même, en chinois, sentir signifie «écouter». Toutes ces déclinaisons étrangères disent à quel point l’odorat est un sens complexe qui nous permet d’appréhender la vie.

Si on perd l’odorat, un des symptômes du Covid-19, on perd beaucoup de ses facultés à apprécier la vie. L’odorat est essentiel dans sa relation à l’autre. Avant, on disait qu’on ne pouvait pas sentir quelqu’un pour dire qu’on ne l’appréciait pas. L’attirance olfactive au sein d’un couple est souvent inconsciente. Et quand il y a désamour, certaines odeurs deviennent insupportables et annoncent la fin d’une relation.

L’odorat est aussi une voie d’accès à la mémoire, et à une mémoire d’autant plus précieuse qu’elle porte sur des souvenirs qui n’ont pas été forcément verbalisés mais qui marquent des événements fondamentaux de notre vie. Quant au masque, il est sûrement utile mais il faut en changer souvent, sinon on finit par respirer nos propres miasmes.

Au Royaume-Uni, l’année terrible de l’artiste Tracey Emin

L’exposition croisée Tracey Emin-Edvard Munch à la Royal Academy of Arts a été interrompue par l’épidémie de Covid-19. Elle concluait une année marquée par la maladie pour la star de l’art international. 

Par 

Publié le 23 décembre 2020


Tracey Emin posant à la Royal Academy of Arts, dans une salle de l’exposition « The Loneliness of the Soul », fermée au public le 15 décembre.
Tracey Emin posant à la Royal Academy of Arts, dans une salle de l’exposition « The Loneliness of the Soul », fermée au public le 15 décembre. DAVID PARRY / ROYAL ACADEMY OF ARTS

LETTRE DE LONDRES

C’était un des rares événements culturels de cette fin d’année à Londres : inaugurée mi-novembre, l’exposition croisée Tracey Emin-Edvard Munch à la Royal Academy of Arts, intitulée « The Loneliness of the Soul » (« la solitude de l’âme ») a dû fermer mardi 15 décembre, après que la capitale britannique a été classée dans la catégorie « alerte maximale », l’épidémie de Covid-19 y étant fortement repartie à la hausse.

Après tout ça, on s’embrassera et, surtout, on dansera



Et pour vous, ce sera comment « l’après » ? Ce sera la fête. Une constante dans vos mots : le désir de plonger dans le monde sensible. Vous nous avez envoyé plus de 200 témoignages pour évoquer le besoin de retrouver l’autre, le contact physique et les sensations de la vie lorsqu’on est entouré. Sans entrave et sans masque, se toucher, s’enlacer, s’embrasser. Se sentir, se sourire, rire sans avoir peur d’être toxique pour l’autre.

Nous avons interrogé vos envies, projets et fantasmes. Vous nous avez invités aujourd’hui dans votre vie d’après. Celle où vous boirez des cafés plus savoureux que jamais aux côtés d’inconnus que vous aimez déjà. Celle où vous ne vous méfierez plus, où vous partirez, légers, à l’improviste, faire des tours de la France ou du monde. Cette vie où vous ferez la tournée de vos proches dont l’absence vous aura trop pesé. Où vous la paierez, votre tournée, plutôt mille fois qu’une, dans vos bars retrouvés. Cet après qui vous fera vibrer de théâtre, frissonner de cinéma, savourer vos flâneries et reconnaître que l’insouciance est un état de grâce.

Vous avez interrogé votre connaissance de la notion de liberté, que vous promettez désormais de chérir. Certains se sont découverts au travers de la solitude et se sont engagés à ne plus se lâcher la main. Une majorité d’entre vous a ressenti une irrépressible envie de pousser les murs, et vous vous êtes promis de ne plus vous imposer de barrières. De franchir les frontières pour vous évader dans la nature ou pour surmonter vos peurs. Vous avez reconnu la préciosité « des toutes petites choses » en accordant à votre « vie d’avant » qu’elle n’était pas si mal, finalement. Enfin, vous avez constaté que la société « d’après » méritait davantage d’amour et de solidarité.

Mais surtout, vous avez commencé et terminé par cela : le premier jour de « l’après » sera dansant. Une immense fête. Petits et grands, ensemble, nous danserons, sur de la musique qui ne s’arrêtera plus. Et ce sera beau.

Partir au bout du monde. ça paraît classique, mais c’est ce dont je rêve, en pyjama chez moi entre mon dernier Zoom pour les cours et le prochain appel FaceTime avec mes proches. Quitter les quatre murs de mon appartement, loin de ma famille avec mon sac à dos dans un pays loin et inconnu. Découvrir de nouvelles saveurs – autres que celles livrées par Deliveroo –, voir de nouveaux paysages. Pourquoi pas l’Australie ? Plus loin que ça, c’est difficile à faire et puis là au moins je verrai d’autres poissons que Maurice, mon poisson rouge, dans son aquarium.

Emilie, 21 ans, étudiante.

Claire, 33 ans, restauratrice.

Sortir, danser et enlacer. Quand tout cela sera fini, je sortirai sans me questionner, je danserai toute la nuit en boîte ou chez des amis, mais surtout je toucherai, j’enlacerai, et j’embrasserai mes amis et mes rencontres. Voilà ce qui me manque : le contact humain. Je rêve de ce moment incroyable lorsque l’on sortira tous, libérés et heureux, que l’on pourra tous se coller et partager notre transpiration nocturne dans la joie. Je m’imagine même émue de pouvoir profiter des bars et boîtes sans masque et sans distanciation. Finalement, je rêve de reprendre une vie extravagante, festive, folle, pleine d’émotions, de rencontres et de contacts comme avant.

Zoé, 21 ans, étudiante.

J’écumerai les bals folk. Je prendrai la main de gens que je ne connais pas, pour danser à leurs côtés. J’emporterai dans une valse étourdissante un ami ou un étranger. Je m’emplirai du pouvoir de la foule qui bouge sur un seul et même rythme. J’écouterai le bruit d’un plancher effleuré ou tapoté, caressé ou frappé. Je sentirai monter en moi la vague du son qui emporte le mouvement, et je rirai, avec tous ces autres retrouvés, du plaisir d’être là, à danser et respirer.

Claire, de Brest.

Ghita K., Paris

Je respirerai. Je retirerai ce masque et je respirerai. Je respirerai à pleins poumons. Je pourrai de nouveau sourire, exprimer cette joie diffuse de liberté revenue et la partager en marchant pendant des heures.

Claire G

Je veux juste retourner à la piscine, ma vieille piscine municipale des années 1960 avec ses cabines en plastique moulé qui s’écaille, ses bracelets de vestiaire impossibles à nouer avec une seule main, ses douches au filet d’eau chaude ou pas. Je veux enfin franchir ces quelques marches et entamer les premières brasses libératrices.

Dominique B

Anonyme, 54 ans, Montpellier

Je rêve d’un repas de famille dans le jardin avec une grande nappe blanche et des rires d’enfants ou des pleurs de bébé, qui résonneraient de nouveau dans ma tête. En un mot, je rêve de cette vie que j’avais… et de la chance que j’avais d’avoir tant d’amour et d’amitié. Et de liberté !

Aline, 72 ans, retraitée

Emilie

Quand tout sera fini, si je ne suis pas moi-même finie, j’inviterais mes enfants et mes petits-enfants, je trouverai les uns vieillis et les autres grandis, on mangera ensemble et on fêtera tous les anniversaires passés chacun dans son coin et on soufflera, insouciants, toutes ces bougies sans redouter les aérosols. Je filerai aussi bavarder avec mon amie Mireille qui habite à un quart d’heure à pied de chez moi, et j’irai prendre le café promis avec tous les amis que je me suis fait sur Facebook pendant cette période sans repères.

Marie, 74 ans

Teresa, 53 ans

Je veux voir des expressions de visages sans masque. Même les gens qui font la gueule me manquent.

Florian, 21 ans, dans la mode

Anonyme, 17 ans

Je rêve à ce futur plus ou moins lointain qui me permettra, avant que l’âge ou ma condition physique ne m’en empêche, de partir au gré de mes envies, pour voyager, et aussi retrouver nos enfants et petits-enfants, les amis… Bref, reprendre une vie normale sans ce voile noir qui s’est abattu devant nos yeux pour nous masquer le futur.

Dominique, 66 ans, horticultrice à la retraite

Caroline

Quand ce sera fini, je pourrai montrer à ma petite qu’on a tous un sourire sous le masque (elle est née pendant le premier confinement). Et épouser son père. Qu’il sera beau ce jour nouveau !

Mathilde, 27 ans, musicothérapeute

Quand tout sera fini, je savourerai ma vie et plus encore… Il aura fallu cette crise sanitaire, épisode frustrant et castrateur de libertés, pour réaliser à quel point ma vie « ordinaire »contribue à mon bonheur et à mon épanouissement.

Carole, 51 ans, cadre dans la fonction publique.

J’apprendrai à vivre. Même si le deuxième confinement a été moins difficile à vivre que le premier, il a été le révélateur de mes troubles profonds. C’est bien, lorsque nos défauts nous sautent aux yeux, le plus dur est fait. Donc, apprendre à vivre avec et à réparer, voilà mon souhait.

Anonyme

Caroline, 55 ans, cadre de santé dans un hôpital

Quand tout cela sera fini, je sourirai à tout le monde dans la rue et je chanterai la liberté retrouvée. Et aussi, je brûlerai mes masques.

Aurélie, 44 ans, coach et formatrice

Quand tout cela sera fini, j’irai vous embrasser. J’irai vous embrasser comme le font les mamans, avec la tendresse et la gourmandise de sentir la chaleur de l’autre contre soi. J’irai vous embrasser comme le font les adolescentes pour se dire bonjour le matin, avec la joie sautillante de ceux qui ont toute la vie devant eux. J’irai vous embrasser comme le font les frères et sœurs entre eux, dans un geste déjà cent fois répété que les joues se calent d’elles-mêmes exactement au même endroit à chaque fois afin que les lèvres claquent dans l’air dans une esquisse d’embrassade preste et qui ne s’attarde pas.

J’irai vous embrasser comme deux vieux amis qui se retrouvent après des années de séparation, qui n’ont pas besoin de se parler pour se comprendre immédiatement tellement leur enfance les a façonnés dans le même bois, et qui s’attardent dans une longue étreinte amicale qui se passe de mots. J’irai vous embrasser comme une amante brûlante de désir et ivre du réconfort de vous retrouver enfin, et je vous embrasserai encore et encore et encore des mille manières que les hommes ont de s’embrasser entre eux, juste pour le plaisir…

Olivia.

Juliette

Quand tout cela sera fini, je sourirai à tout le monde dans la rue et je chanterai la liberté retrouvée. Et aussi, je brûlerai mes masques.

Aurélie, 44 ans, coach et formatrice

Anne S., qui attend de sauter dans un avion

Je veux écouter mes amis me raconter de vive voix et vive vue ce qu’ils ont vécu, leurs projets d’avenir, me raconter des conneries aussi, beaucoup, et rire autour de repas qui n’en finiront pas. Je suis consultante en ressources humaines à Paris. Mais quand ce sera fini, je serai libraire dans le Berry.

Stéphanie, 39 ans

Assia, 20 ans

Je partirai à Ouessant… Avaler la route, embarquer, me saouler aux embruns…. Débarquer, aller boire un café à la Duchesse Anne. Et puis marcher… Une île du bout du monde, mon paradoxe du déconfinement.

Magalie D

L., 30 ans

Je rêve de parler autrement qu’à mon écran d’ordinateur et à mon téléphone. Et aussi, de marcher sans compter mes pas ou les kilomètres.

Cécile, enseignante, 54 ans

Je rêve de serrer ma grand-mère dans mes bras. Ça fait si longtemps.

Pierre-Louis, 20 ans

Enzo

Marcher, marcher et encore marcher. Chausser mes boots de randonnée et partir.

Catherine, 43 ans

Je veux profiter de ma jeunesse jusqu’au bout de la nuit. Je veux juste revivre normalement, et le plus tôt possible.

Léonie, 17 ans

Sarah, 28 ans, Paris

Je rêve d’un après où la fête et les sorties seront reines et où le partage et l’amour seront rois. Après le Covid-19, moi, je serai sûrement bourré.

Emza, 26 ans, étudiant

Ma femme, mes enfants et moi, on s’arrache de Paris et on va vivre dans une grande ville pas loin de la côte, de la campagne, pour respirer et faire baisser la pression d’une grande ville, profiter du présent et de l’espace.

Julien, 43 ans

William, 23 ans, étudiant en physique théorique

J’attends un coup de fil impromptu pour aller boire un verre. J’attends que la vie reprenne avec ses imprévus joyeux et modestes. J’attends les amis, la vie sociale, les inconnus souriants au soleil dans la rue. J’attends que la vie reprenne et que les libertés reviennent. J’attends l’insouciance, le sel de la vie !

Sylvie, enseignante

Je ne pense qu’au jour où le Parc des Princes pourra être à nouveau rempli avec 47 000 spectateurs. Vivre un match avec des dizaines de milliers de personnes qui supportent la même équipe est un facteur essentiel à mon bonheur.

Fabien, 26 ans, cadre

Jérôme, 35 ans, journaliste radio

C’est peut-être le souhait le plus simple et pourtant qui me semble si beau, anticiper de petits événements quotidiens avec les gens que j’aime, et savourer une tasse de café sur une terrasse, sans me soucier des contraintes, en ayant dans la main le simple bonheur d’être libre.

Gabrielle, 31 ans

J’ai hâte de m’asseoir à nouveau sur les marches à Cais do Sodré à Lisbonne, d’y boire une caïpirinha, de regarder les vagues du Tage qui se jette dans la mer.

Marie G., 62 ans, gouvernante

Je rêve de pouvoir dire à mes filles qu’elles ont connu la fin d’un ancien monde qui ne réfléchissait plus à rien, qui partait dans un mur… Et qu’elles connaissent maintenant un autre monde, qui se rappelle que nous sommes aussi des animaux, que nous faisons partie de plusieurs cercles, que nous ne sommes pas tout au dessus et que la vie est un équilibre.

Anne

Je me coucherai le soir suffisamment fatiguée pour ne pas subir l’insomnie.

Michèle, 72 ans, écrivaine et traductrice

Quand tout sera fini, je cesserai de m’angoisser pour mon avenir dans la culture, en régie des œuvres, et ma prochaine insertion professionnelle. J’exercerai le job de mes rêves.

Mathilde, 22 ans

Jean-Louis, 66 ans

Une énorme fête, lâcher prise, se frotter à la sueur de corps étrangers, l’euphorie de partager un moment hors du temps, l’ivresse et la légèreté, voilà ce qui me manque le plus. Dès que ce sera fini, j’organise une fête dantesque. Et même les petits matins chiffonnés de gueule de bois me sembleront doux.

Camille

Je monterai à Montmartre me fondre dans la foule. Au parc des Buttes Chaumont, je m’assiérai sur un banc à côté des vieilles gens, pour parler comme avant de pluie et de beau temps. J’assiégerai les terrasses des bistrots au sommet du Trocadéro, place des Vosges ou à la Bastille et je finirai les verres abandonnés en criant « santé ! ». Je retournerai à l’Espace Marais me placer sous les postillons des acteurs, voir leur chair trembler et leur sueur perler. Par leurs coudes et genoux accolés, je sentirai les tressaillements de mes voisins spectateurs.

Valérie Valkanap

Joséphine, 23 ans

Quand tout cela sera fini, je pourrai pleinement apprécier la personne que j’ai découverte pendant ce confinement et qui m’a, jour après jour, redonné espoir : moi-même.

Paul, 39 ans

Noa, 18 ans, étudiante

J’ai une envie irrépressible de me réconcilier avec l’autre dans sa relation la plus élémentaire. Retrouver le plaisir humain d’être ensemble sans penser qu’on est trop près. Une relation sans barrière, sans entrave, sans retenue, sans avoir la crainte de porter en soi quelque chose de toxique pour l’autre. Supprimer définitivement ce rapport clinique à la vie. Et rétablir une relation humaine chaleureuse, animée de nos émotions visibles, de nos éclats de rire et de toutes les expressions intrinsèques à la communication. Se dire que les corps vont pouvoir se rapprocher à nouveau sans délimitation d’espace, sans consignes sanitaires. Revivre la convivialité du monde. Nous relier les uns aux autres avec ardeur.

Elodie, 45 ans, enseignante

Sophie, 30 ans



mardi 22 décembre 2020

«Les mesures de lutte contre la pauvreté fondées sur les revenus passent à côté de plein d’enfants»

Par Elsa Maudet — 19 décembre 2020

En France, en 2014, 19,8% des enfants vivaient sous le seuil de pauvreté. Photo d'illustration.

En France, en 2014, 19,8% des enfants vivaient sous le seuil de pauvreté. Photo d'illustration. Photo Mansi Thapliyal. Reuters

En ne se concentrant que sur l'argent gagné par leurs parents, les études sur le niveau de vie des plus jeunes occultent une partie du problème, estime l'Ined dans un récent rapport consacré aux bébés.

En France, en 2014, 19,8% des enfants vivaient sous le seuil de pauvreté (1). Mais quelle réalité se cache derrière ce chiffre ? «Un enfant peut vivre dans un ménage pauvre sur le plan monétaire sans pour autant être considéré comme pauvre en conditions de vie» et inversement, indique une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined) parue début décembre, qui s’est attachée à décortiquer le niveau de vie de très jeunes enfants, à 2 mois puis à 1 an.

Parmi les critères pris en compte : la capacité à chauffer son logement, à payer ses factures à temps, à s’acheter des vêtements neufs ou encore la récurrence des interactions entre parents et enfants (chanter des chansons, lire des histoires, avoir des contacts peau à peau…). Autant de critères primordiaux pour le bien-être des bébés, mais qui passent sous les radars des mesures de lutte contre la pauvreté classiques. Entretien avec Lidia Panico et Marion Leturcq, chercheuses à l’Ined, deux des trois autrices de l’enquête : «La pauvreté des enfants à la naissance en France».

Dans la caverne de solidarité de MaMaMa, en lutte contre la précarité infantile

Par Marlène Thomas — 19 décembre 2020

Claire, bénévole, accueille Ami et sa fille Nora, à l'association MaMaMa, le 11 décembre à Saint-Denis.

Claire, bénévole, accueille Ami et sa fille Nora, à l'association MaMaMa, le 11 décembre à Saint-Denis. Photo Albert Facelly pour Libération

Constatant un angle mort dans l'aide alimentaire d'urgence, l'association MaMaMa, créée durant le premier confinement, lutte contre la précarité infantile en distribuant du lait, des couches ou autres vêtements chauds aux familles en difficulté.

C’est la première fois que Dosso, 24 ans, passe la porte de l’association MaMaMa. Mère sans papier, elle est venue chercher de quoi s’occuper au mieux de son bébé de 13 mois. «Ce colis va me permettre de tenir quelque temps sans avoir à acheter à manger pour mon fils mais aussi d’avoir des vêtements chauds pour l’hiver. L’association MaMaMa me soulage beaucoup», confie la jeune femme. Créée dans l’urgence début mai durant le premier confinement, MaMaMa distribue des colis d’urgence pour les enfants de 0 à 3 ans aux mères et familles en difficulté«Le lait et les couches sont très chers, souvent je mange moins pour pouvoir acheter ce qu’il faut à mon fils, ou mes voisines m’aident», raconte Dosso, installée dans l’entrepôt de plus de 1 000 m² qui sert de pied-à-terre à l’association à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), mis à disposition par l’intercommunalité Plaine Commune et la mairie.

Au CHU de Nantes, avec l’unité d’accueil des enfants en danger

Chaque année, les professionnels de ce service spécifique installé dans l’hôpital reçoivent et écoutent un millier d’enfants à la suite de suspicions de violences. 

Par 

Publié le 22 décembre 2020

« Papa m’a tapé parce que j’avais fait une bêtise. 

– Quelle bêtise ?

– J’avais fait tomber des petits pois de mon assiette en mangeant. »

Nathalie Vabres, pédiatre coordinatrice de l’unité d’accueil des enfants en danger du centre hospitalier universitaire de Nantes, a gardé en mémoire l’échange avec B., ce petit garçon de 8 ans conduit dans son service par les gendarmes, pendant le premier confinement. En janvier, l’école, soupçonnant des maltraitances au sein de la famille, avait fait un signalement au parquet. Deux mois plus tard, alors que les établissements scolaires ferment leurs portes en raison de la crise sanitaire, l’enseignante, inquiète de savoir son élève cloîtré chez lui avec ses parents, sans soutien extérieur, relance la justice.

Les forces de l’ordre interviennent au domicile de l’enfant, évitant peut-être un drame ; à l’époque, à chaque « bêtise », un nouveau coup tombe. « Avant le confinement, il pouvait se réfugier chez la voisine quand les tensions devenaient trop fortes. Mais à partir de mars, son père lui a dit qu’il allait mourir du Covid s’il sortait de la maison », raconte Nathalie Vabres.

Maltraitance des enfants : les hospitalisations pour violences physiques ont augmenté de 50 % lors du premier confinement

Une étude de chercheurs français, basée sur les admissions, révèle que les maltraitances sur les enfants de moins de 5 ans ont connu une hausse significative entre mars et avril. 

Par 

Publié le 22 décembre 2020

Sept mois après la fin du confinement printanier, les premiers travaux scientifiques sur ses effets collatéraux arrivent dans les revues spécialisées et sur les bureaux des responsables politiques. Dès le 17 mars, date d’entrée en vigueur du premier confinement, la crainte d’une hausse des violences intrafamiliales avait surgi, confirmée au fil des semaines par le recours accru aux dispositifs d’alerte. Une étude réalisée par une équipe scientifique du CHU de Dijon et du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations Paris-Saclay de l’Inserm, dont les résultats ont été soumis à la revue américaine Pediatrics pour publication, apporte un éclairage inédit sur les maltraitances subies par les enfants.

Devenir un « parent bienveillant » facilement grâce à un livre dessiné

PARENTS

22/12/2020

L’auteure Catherine Dumonteil-Kremer, s’est associée à la dessinatrice Lise Desporte. Le résultat : un livre entièrement fait de dessins, pour présenter la parentalité bienveillante et la non-violence éducative dès la naissance. Instructif et déculpabilisant !  

livre parentalité créative© Lise Desportes 

« Comment faire si on n’a pas les mêmes idées sur l’éducation que son partenaire ? » « Pourquoi mon bébé ne veut pas dormir ? » « Mon bébé pleure beaucoup, que faire ? » Toutes ces questions sont abordées dans le nouveau livre de Catherine Dumonteil-Kremer, « La parentalité créative » aux éditions First. Cette auteure, pionnière de la parentalité bienveillante (la journée de la non-violence éducative le 30 avril, c’est elle !) est aussi formatrice et autrice de nombreux ouvrages, comme « Elever son enfant autrement », ou la petite brochure (indispensable) « Sans fessée comment faire ? ». 

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« Aujourd’hui, le territoire des sectes est en ligne, et leurs chefs sont sur YouTube »



L’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadfi), association française reconnue d’utilité publique depuis 1996, lutte contre les différentes formes d’emprise mentale.

En 2020, en raison de la pandémie, l’association a dû, en plus des habituels groupes sectaires organisés, traiter des mouvances complotistes au cheminement de pensée similaire : des influenceurs bien-être aux groupes de discussion QAnon, en passant par le documentaire Hold-Up.Sa porte-parole, Pascale Duval, explique au Monde les passerelles entre mouvements sectaires traditionnels et complotisme en ligne.