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mercredi 11 septembre 2013

En Italie, le changement de sexe n’est plus tabou

10/09/2013   « L’avenir est bisexuel. »C’est signé Umberto Veronesi, oncologue mondialement connu et ancien ministre de la Santé du gouvernement de Romano Prodi. S’il va peut-être un peu vite en besogne, une chose est sûre, le praticien met le doigt sur une tendance forte : l’Italie est en train de vivre une révolution dans le domaine du changement de sexe qui n’est plus un tabou.

Pour preuve, les chiffres publiés par la direction de l’hôpital San Camillo-Forlanini à Rome, spécialisé dans ce type d’intervention chirurgicale. Durant les vingt dernières années, deux mille opérations ont été effectuées dont 596 dans les blocs opératoires de l’hôpital San Camillo-Forlanini. Depuis 1992, plus de 1 100 personnes ont déposé une demande de changement de sexe auprès de cette structure.
Au niveau national enfin, le nombre de demandes a augmenté de 20 % durant les cinq dernières années. Une donnée toutefois contestée par l’urologue Massimiliano Timpano. « Auparavant, les Italiens devaient se faire opérer à l’étranger, les hôpitaux italiens n’étant pas équipés pour ce type d’intervention. Avec l’ouverture de services spécialisées dans le changement de sexe et la reconnaissance du dysfonctionnement de l’identité sexuelle, les personnes qui veulent changer de "genre" ont acquis une bonne visibilité », estime ce spécialiste qui opère à Turin.

Deux ans d’attente

« Chaque mois, une dizaine de personnes au moins nous contacte pour un changement de sexe dont 91 % d’Italiens. Généralement, ils sont âgés en moyenne de 29 ans et ont un bon niveau d’éducation. La plupart des patients veulent devenir femme ! », confie Aldo Moroni, directeur général de l’hôpital San Camillo-Forlanini.
Si le changement de sexe n’est plus un tabou en Italie, dans la pratique, les choses ne sont pas simples. Le parcours pré-intervention prévoit une série d’examens approfondis notamment au niveau hormonal. Avant d’arriver au bloc, les adultes doivent suivre un parcours juridique pour obtenir un document établissant un trouble de l’identité de genre qui leur permettra d’obtenir le droit de changer de sexe sur leur acte de naissance. Une formalité introduite pour protéger les droits des personnes sur le plan légal et pour faciliter leur insertion dans la société.
Sur le plan médical en revanche, les patients doivent rencontrer un psychologue qui dressera un profil psychiatrique tenant compte de leurs problèmes d’identité sexuelle. Cette partie n’est pas prise en charge contrairement à l’opération et aux examens. Puis, ils devront s’armer de patience car les listes d’attente sont longues compte tenu du manque de structures spécialisées. « La période d’attente varie entre deux et deux ans et demi, ces opérations n’étant pas considérées comme indispensables sur le plan médical », estime Aldo Moroni.
Les associations ont saisi le ministère de la Parité en demandant le remboursement des visites psychologiques, « un passage essentiel en cas de changement de sexe », estime le psychiatre Natale Poggia.« Nous utilisons des étudiants boursiers. Nous ne pouvons pas refuser d’aider les personnes qui ont besoin de trouver leur véritable identité sexuelle », estime Aldo Morone.
› ARIEL F. DUMONT, À ROME

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