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dimanche 14 août 2022

Le soupçon de la pyromanie plane sur les incendies de l’été

Par  et    Publié le 13 août 2022

Selon le ministère de l’intérieur, 10 % des 300 000 incendies recensés chaque année sont des actes délibérés, mais ce chiffre est probablement sous-estimé.

Incendie près de Saint-Magne (Gironde), le 11 août 2022.

La reprise virulente du mégafeu en Gironde, après un premier épisode intense en juillet, relance l’hypothèse d’un acte malveillant. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, l’a suggéré jeudi 11 août en déclarant qu’il y avait « de grandes suspicions » que ces reprises de feu soient « le fait d’incendiaires ». Il en veut pour preuve les « quelques centaines de mètres d’intervalle » entre les départs de feu. Un phénomène considéré par les spécialistes comme un indice probant d’incendie volontaire.

Ces propos ne s’appuient toutefois pas sur les investigations menées, puisque les agents de la cellule départementale de recherche des causes et circonstances des incendies de forêt n’ont pas encore pu commencer à travailler pour des raisons de sécurité.

Ces groupes de travail, formés de gendarmes, de policiers et de gardes forestiers, analysent les sites incendiés comme le fait la police scientifique sur une scène de crime. Ils cherchent à délimiter un périmètre, le plus réduit possible, sur lequel a eu lieu un départ de feu et étudient tous les indices disponibles : mégots, traces de carburant, empreintes sur un éventuel briquet et témoignages. Les rapports de la cellule sont transmis aux procureurs. Deux affaires de pyromanie, en Ardèche et dans l’Hérault, ont été particulièrement médiatisées en juillet, mais elles sont loin d’être les seules.

Condamnations chaque semaine

La sécheresse et la canicule exceptionnelles n’expliquent pas à elles seules la multiplication des foyers en Gironde, dans le Doubs, l’Hérault ou encore le Finistère. Chaque semaine, des condamnations sont prononcées pour des incendies volontaires ou pas. Ainsi, le 26 juillet, trois jeunes hommes d’une vingtaine d’années ont été condamnés en comparution immédiate à soixante-dix heures de travaux d’intérêt général et cinq mois de prison avec sursis par le tribunal judiciaire de Rennes pour avoir mis le feu dans un champ à Saint-Aubin-d’Aubigné (Ille-et-Vilaine), rapidement circonscrit par les pompiers.

Plus grave. Le 29 juillet, un homme de 44 ans, qui avait reconnu être l’auteur de plusieurs départs de feu à Lussas, près d’Aubenas (Ardèche), ayant ravagé 1 200 hectares, a été mis en examen et placé en détention provisoire. Présentant un « taux d’alcool significatif » au moment de son interpellation, il était passé aux aveux après avoir été « confronté aux nombreux témoignages » établissant sa présence sur les départs de feu. Il est poursuivi pour incendie volontaire, « crime puni d’une peine de quinze ans de réclusion criminelle », a précisé la procureure de Privas, Cécile Deprade.

Tout en déplorant des dégâts « d’une ampleur sans précédent en Ardèche »,le président du conseil départemental, Olivier Amrane (Les Républicains) qui a déposé plainte, a demandé des « sanctions exemplaires ».

Autre affaire. Le 27 juillet, un homme a été placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête relative à huit départs de feu dans le département de l’Hérault. En début de soirée, trois départs d’incendie avaient été constatés à Saint-Privat, dans le nord du département. « Un témoin avait communiqué des informations permettant d’identifier un véhicule roulant à vive allure et tous feux éteints à proximité », précisait le procureur de la République de Montpellier, Fabrice Bélargent. Ce même véhicule a « marqué un bref arrêt » le 21 juillet sur un chemin de terre menant à Saint-Jean-de-la-Blaquière « où un départ de feu a été constaté quelques instants plus tard ». Le même véhicule a été repéré dans la nuit du 26 au 27 juillet dans la même commune « concomitamment au constat de quatre départs de feu ».

Le propriétaire du véhicule, « sapeur-pompier volontaire au service départemental d’incendie et de secours de l’Hérault », a été mis en examen le 28 juillet pour « dégradations volontaires par incendie ». Ce père de famille de 37 ans a expliqué son geste par un besoin d’« adrénaline », de « reconnaissance sociale » et de fuir un « cadre familial oppressant ».

Intention criminelle difficile à prouver

Parallèlement, le parquet de Montpellier a ouvert une « enquête judiciaire sur une hypothèse criminelle » à la suite du grand incendie près de la commune de Gignac (Hérault), qui a brûlé quelque 800 hectares de végétation. Le mégafeu de la Gironde et l’incendie du mois de juillet dans les monts d’Arrée (Finistère) seraient également d’origine criminelle, selon les enquêteurs, mais aucun suspect n’a été identifié.

Selon le ministère de l’intérieur, 10 % des 300 000 incendies recensés chaque année correspondent à des actes délibérés. Ce chiffre est probablement sous-estimé, car l’intention criminelle s’avère difficile à prouver. En Australie, une étude de 2011 situe ce taux entre 25 % et 50 % des incendies dont la cause est connue.

Derrière l’acte d’un pyromane ne se cache aucune intention, telle que nuire à une personne tierce, contrairement à celui d’un incendiaire, qui est criminel. La pyromanie, au même titre que la cleptomanie, n’est pas considérée comme une maladie psychiatrique, même si elle peut être accompagnée d’un trouble de la personnalité. Il s’agit en fait d’un trouble mental. Laurent Layet, psychiatre et expert près la Cour de cassation, la définit comme « un trouble du contrôle des impulsions, qu’on retrouve chez le joueur pathologique, par exemple ». Il nuance : « Le pyromane cède à une impulsion, mais c’est un mécanisme réfléchi. »

Comportement marginal

Pour Julie Palix, docteure en psychologie au Centre hospitalier universitaire vaudois, à Lausanne, ce passage à l’acte est « une question d’opportunité »  : « La personne repère des lieux où la prise de risque est minimale, la destruction assez importante et le retentissement dans les médias et le voisinage représente une valorisation. » Le cas du pompier pyromane n’est pas rare. Comme le souligne la chercheuse, « les pompiers sont experts en la matière, ils connaissent les conditions des prises de feu, la vitesse de propagation ». Leur intervention en tant que « sauveur » après le départ de feu leur apporte une double valorisation.

La pyromanie reste malgré tout un comportement relativement marginal. D’après une étude américaine publiée en 2010, les pyromanes représentent 1 % de la population. « On s’attend à rencontrer des gens très machiavéliques, mais, en réalité, ils sont souvent d’une banalité affligeante », avance Laurent Layet. Il n’existe pas de profil type, mais un certain nombre de points communs : la grande majorité des pyromanes sont des hommes égocentrés, sur qui le feu exerce une fascination. Ils agissent souvent sous l’effet de l’alcool ou d’une drogue.

« Ces individus mettent le feu dans des périodes particulières de leur vie où ils sont tristes ou frustrés, explique M. Layet. Comme ils sont dans l’incapacité de penser cette tristesse ou cette frustration, ils agissent. » « On observe une tension qui monte avant le passage à l’acte, une satisfaction au moment d’allumer l’incendie avec un soulagement très furtif », ajoute-t-il. Les pyromanes passent souvent à l’acte à proximité de leur habitat.


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