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vendredi 2 septembre 2016

Rentrée 2016 : « L’angoisse des adultes est ce qui inquiète le plus les enfants »


LE MONDE  | Propos recueillis par Claire Ané

Marie-Rose Moro, pédopsychiatre et psychanalyste, dirige la Maison de Solenn-Maison des adolescents de Cochin.
Marie-Rose Moro, pédopsychiatre et psychanalyste, dirige la Maison de Solenn-Maison des adolescents de Cochin. DIDIER GOUPY
Marie-Rose Moro, pédopsychiatre et psychanalyste, dirige la Maison de Solenn-Maison des adolescents de l’hôpital Cochin. Elle publie Osons être parents, le 14 septembre, aux éditions Bayard Culture.
Comment parler aux enfants du risque terroriste ? Faut expliquer la présence de soldats armés dans les rues ?
Marie-Rose Moro : Oui, bien sûr, il faut dire aux enfants pourquoi les soldats sont devant l’école. Il faut le dire une fois simplement, et sans dramatiser ni exagérer. Leur présence est la preuve que les adultes savent protéger les enfants. Le plus difficile est de ne pas projeter nos propres angoisses.
Ma fille de 9 ans a été très affectée par l’exercice de sécurité dans l’école, où ils devaient se cacher sous les tables au cas où un méchant vienne. Comment la protéger des crises d’angoisse ?
Pour les enfants de classe élémentaire, parfois on pense qu’ils comprennent les choses comme les grands, mais en fait ils ont aussi des scénarios dans la tête, parfois plus effrayants encore que la réalité. A cet âge-là, il faut vraiment leur expliquer concrètement et simplement ces exercices, et s’intéresser aux peurs qu’ils ont. Ce sont ces peurs-là qui sont les plus inquiétantes. Il faut les aborder tranquillement, à un moment où l’enfant est rassuré et en confiance.
Mais comment ne pas transmettre à nos enfants notre propre angoisse concernant les risques d’attentat dans les écoles ?
L’angoisse des adultes est ce qui inquiète le plus les enfants de cet âge-là. Il est donc nécessaire de commencer par trouver soi-même des manières de se rassurer. Ensuite, on peut parler aux enfants. Si on leur parle simplement, cela leur fera du bien et apaisera leurs inquiétudes. Cela augmentera leur confiance dans la capacité des adultes à les protéger. C’est cela l’essentiel, à cet âge : on ne peut pas attendre d’enfants aussi jeunes qu’ils apprennent à se protéger tout seuls.

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