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mercredi 18 août 2010





Quand Onfray offrait "Totem et tabou" de S.Freud à ... Nicolas Sarkozy !

En Avril 2007, Monsieur Onfray accomplissait un exploit remarquable : accoler son nom à celui du ministre de l’intérieur de l’époque - Nicolas Sarkozy, qui revenait de serrer la main de W.Bush aux Etats-Unis - pour un dialogue publié dans une revue de philosophie (Philomag n°8). M.Onfray est le seul "philosophe" ayant réussi à tomber dans le piège tendu par le futur président, dont les ficelles étaient pourtant énaurmes : profiter de l’aura d’un intellectuel médiatique pour s’en donner l’air (qu’importent les paroles), et surtout montrer à son électorat combien il était capable de séduire la "Gauche" (il a montré ensuite combien c’était pour lui une sorte de sport). Notre prof de philo a-t-il un seul instant imaginé les sourires gauguenards et les commentaires salaces qui allaient saluer cette aventure, le soir où notre ministre est allé raconter sa dernière conquête à ses potes du Fouquet’s ? Politiquement parlant, monsieur Onfray est un nietzschéen bigrement naïf, pour un nietzschéen...

Il a donc offert au ministre quatre ouvrages, que l’on peut légitimement considérer comme représentatifs de sa pensée, et qu’il juge en tous cas dignes d’enseigner un homme politique se destinant aux plus hautes fonctions de l’état. On ne sera pas surpris d’y découvrir les noms de Nietzsche et Proudhon - dont Onfray se réclame de façon régulière - ainsi que celui de Foucault, mais on sera plus surpris d’y découvrir celui de... Freud !!! Il précise son intention ainsi : "Totem et Tabou, je vous l’offre parce que Sigmund Freud y traite du meurtre du père et de l’exercice du pouvoir dans la horde". La place de Freud dans ce quatuor philosophique de pointe montre clairement la valeur qu’Onfray lui accordait alors, mais vu qu’il vient de "prouver" dans son dernier pamphlet combien cette théorie freudienne est à jeter à la poubelle - comme tout le reste de son travail - on peut rester un instant perplexe sur ce volte-face, et sur la valeur d’un tel cadeau. Pourquoi tient-il donc tant à ce que N.Sarkozy soit bien au fait du "Meurtre du père" si trois ans plus tard il affirme que cette théorie n’a pas la moindre consistance ? Un psychanalyste sourirait probablement de "l’acte manqué". On peut évidemment le croire sur parole, lorsqu’il affirme avoir enseigné Freud pendant 20 ans sans se rendre compte de qui il avait affaire - trompé par les "cartes postales universitaires" - puis avoir été soudain "déniaisé". Mais enfin, vingt ans de niaiserie, ça fait quand même beaucoup pour un type qui ne cesse de se légitimer de la grande lucidité nietzschéenne, non ?

Comment, du statut d’argument propre a enseigner un homme d’état, la théorie de la horde primitive passe-t-elle soudainement au statut de fumisterie ? N’’était-il donc pas possible de s’en rendre compte il y a vingt ans ? Le texte n’a pourtant pas changé d’une virgule pendant tout ce temps là, et le travail critique était déjà fort avancé. Si Monsieur Onfray est, comme il le prétend, un philosophe, pourrait-il nous en faire la démonstration aujourd’hui, en revenant d’une part sur cette consternante bévue politique, ainsi que sur le sens - s’il y a lieu - de cette volte-face philosophique : cela nous aiderait à ne pas confondre les fumistes avec les fumeux, et savoir enfin de qui monsieur Onfray se moque vraiment : de Freud lui-même, du ministre à qui il offre une oeuvre de Freud, ou encore de son public, à qui il enseigne - sans rire - que l’esprit de Freud est "Une chambre obscure, pleine de rats crevés, de serpents vindicatifs, de vermines affamés… » ?

- Diogène Tonneau -

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