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jeudi 13 novembre 2014

Jeune et parano

04/11/2014







Le jeune rappeur français Julien Marie (alias Jul) est révélé en 2014 avec le titre Dans Ma Paranoïa. Mais cette pathologie concerne classiquement la psychiatrie de l’adulte. Pour une équipe britannique, toutefois, cette problématique de « suspicion excessive à l’égard d’autrui » serait «beaucoup plus fréquente qu’on ne le croyait auparavant » et nos connaissances sur la paranoïa chez l’adulte devraient être actualisées pour la pédopsychiatrie et pour d’autres cultures. C’est l’objectif d’une étude menée parallèlement au Royaume-Uni (1 086 participants) et à Hong Kong, en Chine (1 412 participants) chez des jeunes de 8 à 14 ans auxquels on a demandé de remplir un questionnaire évaluant l’anxiété, l’estime de soi, l’agressivité, les traits de « dureté et d’indifférence » (callous–unemotional traits), et un questionnaire plus spécifique explorant le thème de la méfiance.

Cette recherche débouche sur une conception de la méfiance (clef de voûte de la paranoïa) en trois axes : méfiance à la maison, méfiance à l’école et méfiance en général. Comparativement à leurs pairs, les enfants considérés comme « suspicieux » (au Royaume-Uni comme à Hong Kong) rapportent des « taux élevés d’anxiété, d’agressivité, d’indifférence, ainsi qu’une faible estime de soi. » Malgré la convergence de ces données dans deux cultures distinctes (britannique et chinoise), ce nombre est bien sûr trop petit pour pouvoir généraliser les conclusions de l’étude à toutes les cultures mais, estiment les auteurs, il est probable que « la méfiance (pathologique) peut exister comme un trait quantifiable chez les enfants », et qu’à l’instar de ses conséquences chez l’adulte, cette méfiance peut susciter aussi des « risques accrus de troubles internalisés et externalisés chez l’enfant. »
Quoi qu’il en soit, une dimension longitudinale (précisant ce que deviennent avec le temps les sujets repérés « à risque de paranoïa ») serait bienvenue pour confirmer (ou non) cette thèse d’un enracinement précoce de la psychose paranoïaque, si chère à Jacques Lacan qu’il en fit son sujet de thèse (1932) : « De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité[1]. »

Dr Alain Cohen

RÉFÉRENCES
Wong KK et coll.: Suspicious young minds: paranoia and mistrust in 8- to 14-year-olds in the UK and Hong Kong. Br J Psychiatry 2014 ; 205 : 221–229.

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