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jeudi 1 juillet 2010




Un lieu de psychiatrie citoyenne comme alternative à l’hôpital

Jérôme Bernatas

30.06.2010

Liberté, égalité, fraternité. Ces trois mots reprennent tout leur sens quand on pousse la porte des locaux des Invités au festin. Depuis le début du mois, cette association accueille en journée six adultes souffrant de troubles psychiques et d’isolement.

« Il s’agit d’individus qui se retrouvent à l’écart car ils ont des soucis au niveau relationnel, explique Catherine Doucet, la responsable du centre.

Ils trouvent ici un espace intermédiaire entre le lieu de soins et la société. » Les Invités au festin proposent en effet un concept révolutionnaire qui prend à revers les principes guidant la psychiatrie enFrance depuis des siècles.

Leur credo tient en une phrase : « On dit qu’ils sont fous et nous vivons avec eux. » « Nous offrons une autre possibilité de traitement et de vie, précise Marie-Noëlle Besançon, psychiatre et présidente fondatrice des Invités au festin. Le but consiste à ce que ces gens n’aillent plus à l’hôpital. »

Dans l’appartement fraîchement repeint en blanc et équipé de meubles aux couleurs acidulées, les membres se retrouvent autour de Catherine Doucet et de son équipe. Ces derniers leur proposent des activités qui leur permettent de reprendre pied au sein de la collectivité. « On s’appuie sur la partie saine des personnes, poursuit Catherine Doucet. Dans la salle d’accueil, ils se relaient pour tenir et gérer la buvette. Cela les responsabilise. On s’adresse au corps et à l’esprit, au sein d’ateliers tai-chi, arts plastiques, poterie, contes… »

Les inscrits peuvent y développer leurs qualités artistiques. Ils participent aussi activement à la vie de la communauté, rythmée par un déjeuner hebdomadaire et une sortie dominicale par mois. « On prépare le menu, on fait les courses, on cuisine et on mange ensemble, détaille Catherine Doucet. On retrouve la notion de partage. »

Depuis vingt ans, les Invités au festin essaiment la vision de Marie-Noëlle Besançon. « On traite chacun comme un citoyen ordinaire, déclare-t-elle. En les mettant dans un milieu normal, ces êtres redeviennent normaux, avalent moins de médicaments. » La thérapeute a développé cette façon d’appréhender les patients souffrant de maladies mentales en réaction à ce qui se pratique dans les établissements de santé français. « L’hôpital ne soigne pas, regrette-t-elle. On a supprimé beaucoup de lits et il manque du personnel. De plus, la France est le pays le plus discriminant au monde pour cette population. »

Ce constat a conduit Marie-Noëlle Besançon à faire appel à des bonnes volontés qui n’ont rien à voir avec le secteur médical. « Nous recrutons les intervenants pour leurs qualités humaines, leur empathie pour l’autre », précise Catherine Doucet, qui reçoit déjà l’appui de six bénévoles et examine une douzaine de candidatures. Avec la forte demande des familles désemparées devant le peu d’infrastructures existantes, les cinquante places disponibles dans l’antenne boulonnaise des Invités au festin risquent fort d’être rapidement attribuées.

Renseignements sur Internet (www.lesinvitesaufestin.fr).

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