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samedi 13 mars 2010








« Si tu me regardes, j’existe » ou la folie du vide au théâtre

Quatre jeunes comédiennes prennent des risques avec « Si tu me regardes, j’existe », une pièce au sujet fort : l’anorexie. Défi relevé avec brio. Nous les avons découvertes la saison dernière : elles reviennent "à la folie Théâtre" dès le 14 janvier. A ne pas rater.
L’esquisse…

Claire, toute de blanc vêtue dans un sombre univers, glisse dans le monde sans faire de bruit. Sans prendre de place. Pourtant, dans son esprit, c’est le chaos. L’anarchie des voix qui lui dictent la marche à suivre pour être la belle, saine et judicieuse femme qu’elle voudrait être. Ces voix lui ordonnent de s’effacer, l’agressent en permanence. Tout comme le font ces gens bruyants qui gravitent autour d’elle. Claire n’a pas de répit. Claire est anorexique. Elle ne veut plus grandir, craint les changements, refuse d’affronter la vie qui lui échappe et se cloître dans sa chambre.
Là, elle se focalise sur ses souvenirs d’enfance, ses angoisses alimentaires, ses devoirs d’éliminer, de se purifier, sur son poids, sur son corps qu’elle modèle jusqu’à la disparition … Elle se concentre sur le maîtrisable en somme.












La critique [réjouie] d’A-Laure B.

« Si tu me regardes j'existe » ne parle pas qu’aux anorexiques en quête d’échos à leurs maux ni seulement à leurs proches, qui chercheraient à les comprendre. « Si tu me regardes j'existe » parle de l’anorexie sans tomber dans les innombrables et stupides clichés qui lui collent habituellement aux os. Il est ici question de ce qui se trame dans l’esprit des malades, des non-dits qui défilent dans leurs regards. Des rites, des peurs irraisonnées, des sentiments d’agression engendrés par la nourriture, par les autres, du poids du corps sur l’image de soi, du regard des autres, de l’incompréhension de l’entourage, du besoin de contrôle, des obsessions de pureté … Toutes ces choses ficelées à cette pathologie, qui dépassent la malade elle-même.








La mise en scène vise le minimalisme pour retranscrire le quotidien et des êtres chers. Pas de décor, peu d’accessoires. Quelques effets de lumières, de sonorisation aussi. Cependant, ils restent secondaires. Car l’essentiel n’est pas là. Mais dans les incessants monologues parallèles, qui se répondent et se nient dans la même tirade. Les choix scéniques évoquent parfaitement les luttes internes des anorexiques, tiraillées entre deux mondes. D’un côté, le leur ; de l’autre, celui de la vie (représenté ici par les parents de Claire, sa famille, ses voisins, ses propres élans avortés).

Pour sa première création théâtrale entièrement écrite (en italien, puis traduite) et mise en scène par ses soins, la dramaturge, à qui le sujet de l’anorexie tenait à cœur, s’est entourée d’une jeune distribution. Les quatre comédiennes ont entre 19 et 26 ans, et côtoient la scène ou les plateaux de cinéma depuis une dizaine d’années pour les plus expérimentées. Elles ont su transmettre du souffle au poétique texte de Francesca Volchitza Cabrini. Marion Monier (qui incarne Claire) est surprenante. Sa capacité à moduler les expressions de son visage lorsque les voix lui assènent des coups est saisissante. Glaçante parfois. Vanessa Bile-Audouard, Charlotte Victoire Legrain, Giada Melley détonnent par leur aptitude à passer d’un personnage à un autre (et même à un personnage masculin). Elles ont su donner corps à leur voix. Et ce ne sont pas les petits couacs dans le texte au cours de cette deuxième représentation qui aurait gâché le plaisir du public.

Tension et vitalité se mêlent dans « Si tu me regardes j'existe ». La pièce emporte, ouvre une porte sur une maladie que l’on croit connaître, pousse à changer de point de vue. Des comédiennes efficaces et un texte ciselé pour une pièce nécessaire.

A la Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt 75011 Paris

Du 14 janvier au 14 mars 2010
Du Jeudi au Samedi à 22h
Le dimanche à 18h
Réservations : 01 43 55 14 80 / Fnac Spectacles







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